La dimension parlementaire de la politique de défense allemande
La politique de sécurité et de défense reste toujours en Allemagne l’objet de débats publics intenses comme en témoigne la convocation du Bundestag sur la question de la livraison d’armes aux Kurdes d’Irak pour lutter contre « l’État islamique ».
Si une évolution politique vers un engagement international plus important est en cours, l’opinion publique doit encore apporter son soutien à ces changements comme l’ont souligné Claudia Major et Christian Mölling dans la Note du Cerfa n°113 (« La politique de défense allemande en 2014 et au-delà : un changement est-il possible ? », juin 2014). Faisant suite à cette dernière, cette note de Michel Drain permet de préciser la dimension parlementaire de la politique de défense allemande.
En Allemagne, la politique de défense est, comme en France, élaborée et mise en œuvre par l’exécutif avec le soutien de sa majorité parlementaire, mais les modes d’intervention du Parlement diffèrent dans les deux pays. Le Bundestag possède, en la matière, des attributions plus étendues que le Parlement français. Celles-ci sont établies par la Loi fondamentale mais la Cour constitutionnelle en a donné une interprétation large. Elle définit la Bundeswehr comme « l’armée du Parlement » et impose un mandat parlementaire préalable pour l’engagement des militaires allemands à l’étranger. Une loi a transposé cette jurisprudence ; elle a été critiquée pour les limites qu’elle paraît imposer à la solidarité alliée mais il semble difficile de la modifier autrement qu’à la marge. Le Bundestag dispose aussi de larges prérogatives dans des domaines tels que la protection des droits fondamentaux des militaires, le contrôle du budget de la défense ou le suivi de l’action des services de renseignement. Sa contribution est décisive pour l’approfondissement de la culture stratégique allemande et l’acceptation par l’opinion publique des engagements militaires extérieurs.
La pratique politique allemande favorise par ailleurs l’association du Parlement aux décisions concernant la défense. Le mécanisme des coalitions et la puissance des partis politiques ont pour conséquence de soumettre celles-ci à un contrôle politique étroit et diversifié. Le système politique allemand permet également une bonne information de l’opposition sur ces questions. Enfin, il est marqué par l’influence manifeste de certains députés, étroitement associés aux décisions gouvernementales, y compris dans le domaine de la défense.
Malgré les évolutions récentes, l’Allemagne a encore besoin d’approfondir son débat stratégique. Les travaux parlementaires peuvent y contribuer de manière déterminante.
Michel Drain est chercheur associé au Cerfa.
Cette « Note du Cerfa » est une version actualisée d’une étude réalisée par M. Michel Drain pour la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense.
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La dimension parlementaire de la politique de défense allemande
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLutter contre la flotte fantôme. La France en action
La flotte fantôme, qui représente aujourd’hui 10 % de la flotte mondiale de navires de commerce et continue de croître, est un phénomène structurel alimenté par la surcapacité maritime et la logique de contournement des sanctions internationales, qui met au défi le monde maritime dans son ensemble.
Stabilité sous pression. Un point de vue pakistanais sur la dissuasion nucléaire après Pahalgam
La crise indo-pakistanaise de mai 2025, survenue après l’attaque de Pahalgam, a relancé un débat familier mais incomplet : la dissuasion nucléaire a-t-elle fonctionné, ou a-t-elle simplement permis aux deux parties de mener une guerre limitée sous l’ombre du nucléaire ? La meilleure réponse est que la dissuasion a fonctionné au niveau pour lequel elle a été conçue. Elle a empêché une guerre généralisée ainsi qu’une escalade verticale incontrôlée, tout en maintenant les armes nucléaires à l’arrière-plan. En revanche, elle n’a pas empêché l’Inde de chercher à se ménager un espace d’action conventionnelle, ni le Pakistan de répondre par des moyens conventionnels afin de rétablir la crédibilité de sa dissuasion.
Nation-cadre : défi européen et ambition française
Apparu au début des années 2000, le concept de nation-cadre obéit à différentes logiques, qu’il s’agisse d’assumer le leadership d’une opération militaire, de diriger un projet capacitaire commun ou de commander une structure de forces permanente. Dans tous les cas, le pays qui assume ce rôle entend bien y trouver un surcroît d’influence politico-militaire.
Évolution stratégique du soutien apporté par l'OTAN à l'Ukraine : une étude des initiatives NSATU et PURL
Cette étude analyse une transformation majeure du soutien pratique de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à l’Ukraine, marquée par la création de la mission NATO Security Assistance and Training for Ukraine (NSATU) et du mécanisme de financement Prioritized Ukraine Requirements List (PURL).