Forces nucléaires françaises : quel renouvellement ?
Au cours des prochaines années, la France devra renouveler son arsenal nucléaire pour qu’il demeure une source de dissuasion crédible aux yeux de ses adversaires potentiels. Ce renouvellement intervient dans un contexte défavorable : l’environnement stratégique, marqué par la multiplication des foyers djihadistes, est dégradé, et la rigueur budgétaire est de mise. Sacrifier la dissuasion nucléaire sur l’autel de la lutte contre le terrorisme serait toutefois une erreur funeste.
Sous la présidence d’Emmanuel Macron, une série de jalons majeurs devront être franchis en vue de pérenniser les forces nucléaires françaises dans leur format actuel. Le cycle de renouvellement, amorcé au cours du mandat de François Hollande, va être amené à s’accélérer au cours des prochaines années. L’intention de l’Élysée quant à l’avenir de la dissuasion nucléaire française laisse, dans le principe, peu de place au doute. Le président de la République avait annoncé lors de la campagne électorale sa volonté de la pérenniser dans ses deux composantes, sous-marine et aéroportée, et a réaffirmé, depuis son élection, l’importance de la dissuasion dans la stratégie française. Cet effort de renouvellement, s’il s’inscrit dans la pleine continuité de la posture française, survient toutefois à un moment charnière.
Depuis 2011, l’environnement stratégique dans lequel la France et l’Europe évoluent a été durablement et profondément déstabilisé. Les suites des révoltes arabes et le déclenchement de guerres civiles sur le pourtour méditerranéen et au Levant, l’emprise croissante de groupes djihadistes dans la bande sahélo-saharienne, et bien sûr la campagne d’attaques terroristes subie par la France constituent des défis sécuritaires à la fois distincts et connectés. Pour y faire face, Paris a multiplié les opérations extérieures et, depuis 2015, intérieures, au point d’atteindre de manière permanente, voire de dépasser, les niveaux d’engagement opérationnel que le Livre blanc de 2013 avait fixés aux forces armées. L’annexion de la Crimée et la déstabilisation de l’est ukrainien par la Russie sont, en parallèle, venues rappeler depuis 2014 que le terrorisme, même soutenu par un proto-État, était loin de représenter la totalité du spectre des menaces pesant sur la France et l’Europe, et réaffirmer la nécessité du maintien d’une posture de défense ambitieuse et équilibrée.
La pérennisation des forces nucléaires devra donc être menée à bien dans un contexte difficile, voyant l’aggravation des menaces mettre en tension une posture de défense affaiblie par le sous-financement chronique depuis près de deux décennies. Pour rester fidèle au principe de « stricte suffisance » qui a depuis l’origine orienté ses décisions en matière d’armement nucléaire, la dissuasion française doit ainsi concilier des contraintes de format et de financement avec l’impératif d’adaptation des forces.[…]
PLAN
- La dissuasion nucléaire en France : symbiose et stricte suffisance
- Au cœur de la culture stratégique nationale
- La stricte suffisance et la charnière de l’après-guerre froide - Quatre enjeux pour une pérennisation
- Rester en phase avec l’environnement stratégique
- Assurer la crédibilité des forces au-delà de 2030
- Préserver un modèle de défense équilibré et polyvalent
- Maintenir un consensus durable
Corentin Brustlein est responsable du Centre des études de sécurité de l’Ifri.
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Forces nucléaires françaises : quel renouvellement ?
Les partis ethniques dans les Balkans occidentaux
Les partis ethniques occupent une place importante sur la scène politique des Balkans occidentaux. Ils ne représentent pas nécessairement un danger pour la démocratie si leurs dirigeants acceptent de respecter le fonctionnement des institutions en place. Toutefois, dans plusieurs pays, les leaders nationalistes jouent avec le feu. Ils font peser un doute sur la démocratisation et la stabilisation de la région, deux conditions indispensables à une hypothétique accession à l’Union européenne.
Sommet de l’OTAN à Varsovie : un bilan
En juillet 2016 à Varsovie, les alliés ont décidé le renforcement du flanc oriental de l’OTAN. Pour l’Alliance, cette mesure a trois implications : elle montre son unité et sa solidarité, la nécessité de faire face à la relation conflictuelle avec la Russie, enfin l’échec partiel de ses politiques de partenariat. Une question a cependant été éludée lors de ce sommet : la crédibilité du modèle porté par l’Alliance à la lumière de la dérive illibérale de plusieurs de ses membres.
Obama ou le retour de la Realpolitik
Pour Barack Obama, l’heure du bilan a sonné. En matière de politique étrangère, deux axes se dégagent de son double mandat : d’une part, une volonté de désengagement du Moyen-Orient contrariée par l’émergence de Daech, et d’autre part un « pivot » vers l’Asie ayant notamment pour but de freiner la montée en puissance de la Chine. D’une manière générale, Obama a fait preuve de retenue sur la scène internationale, préférant concentrer ses efforts sur le nation building at home.
Le salut par les armes ? Défense européenne et relance de l’Union
L’Europe se trouve aujourd’hui confrontée à un environnement géostratégique complexe au cœur duquel émerge, sous l’effet d’un terrorisme renouvelé, un véritable continuum entre les problématiques de sécurité et de défense. Face à ce constat inquiétant, la tentation du repli national est particulièrement vive. La mise en œuvre d’une sécurité collective est pourtant plus que jamais nécessaire, et elle doit s’appuyer, pour réussir, sur des solutions pragmatiques.