Comment la globalisation façonne le monde
La globalisation et ses conséquences en matière de finance et de commerce internationaux ont de puissants effets sur les économies nationales. Elles favorisent la progression des pays émergents; laissent peu de place aux autres pays du Tiers-Monde, réduits à attendre que les émergents délocalisent ce qu’ils n’entendent plus faire; et accroissent partout les inégalités économiques internes. Ces inégalités, ainsi que les pressions migratoires, sont les débats pressants de ce monde globalisé.
Ce que la globalisation globalise
La vague actuelle de globalisation, amorcée dès 1945 et qui s’est accélérée dans les années 1970, n’a pas conduit et ne conduira pas à une « économie globale », à un seul immense marché. Les territoires où agissent les acteurs économiques restent cloisonnés par des frontières d’États. Certes, les frontières sont devenues beaucoup plus poreuses aux marchandises, et presque totalement aux informations numérisées. Mais elles restent des murailles pour les hommes, qui chaque jour tentent par milliers de les franchir au péril de leur vie. Au plan économique, on ne peut parler de globalisation qu’à propos des firmes, de l’information numérisée et des problèmes environnementaux et sanitaires.
Le processus de globalisation des firmes est ancien. On peut même dire, avec Fernand Braudel, que le capitalisme moderne est né au XIIIe siècle avec les multinationales marchandes issues des villes d’Italie du Nord. Ce n’est que récemment que l’on a pu parler de « firme globale ». Une firme est « globale » lorsqu’elle n’a pratiquement plus d’attaches privilégiées avec un territoire. Ces nouvelles firmes sont issues de la montée en puissance non seulement des pays, mais aussi des « firmes émergentes ». Depuis peu, celles-ci s’intègrent à des firmes ayant leur origine dans les pays dits « riches » pour former des réseaux véritablement « globaux ». Pour parler plus concrètement, une firme devient globale lorsqu’elle décide de localiser en Chine, en Inde ou au Brésil une partie de sa recherche-développement et qu’elle s’allie systématiquement, dans des modalités allant de la simple sous-traitance à la fusion, avec des firmes de ces pays. Sur chaque marché, ces réseaux se concentrent et tendent à être peu nombreux, voire en position de monopole. Le pouvoir des États sur ces firmes s’est fortement réduit (du moins s’ils agissent seuls), comme s’était réduit celui des princes italiens sur les premiers marchands multinationaux modernes. Désormais, ces firmes globales mettent en compétition sans état d’âme l’ensemble des territoires du monde.
L’importance économique de la globalisation des informations numérisées procède de ce qu’une part croissante des produits et de ce qui sert à produire prend la forme de fichiers numériques. La globalisation est le processus qui rend désormais techniquement très difficile d’empêcher la copie et la circulation, à un coût dérisoire, de ces fichiers. Ceux-ci circulent ainsi gratuitement sur la toile. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Ce que la globalisation globalise
- L’agenda politique qui en découle
- Une nouvelle ère des inégalités - Rattrapage de l’Inde et la Chine
- La porte étroite du développement
- Le déclin des États-Unis
- Des capitalismes peu inclusifs
Pierre-Noël Giraud, est professeur d’économie à l’École nationale supérieure des Mines de Paris. Ses travaux portent sur les conséquences de la globalisation des entreprises, l’industrialisation des pays émergents et le développement durable.
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