Développement et lutte contre la pauvreté : de la réconciliation au changement d'échelle
Les pays riches ont mobilisé 12 000 milliards de dollars pour faire face, chez eux, au COVID-19. L’aide publique au développement ne représente quant à elle que 150 milliards par an. Pourtant, les pays du Sud souffrent considérablement des conséquences de la crise sanitaire et la pauvreté va nettement s’accroître en 2021. D’autres défis sont devant nous, à commencer par les impacts multiples du changement climatique. Par conséquent, l’aide au développement doit désormais changer d’échelle.
La construction des politiques publiques de lutte contre la pauvreté dans les pays en développement a près de 60 ans. Elle s’est souvent faite à travers des oppositions entre différentes conceptions, et des allers-retours historiques. Deux débats structurants ont particulièrement dominé la scène du développement.
Le premier porte sur les politiques nationales et locales : le développement doit-il se faire par le haut ou par le bas, par une croissance économique qui tire la société ou par une élévation des niveaux sociaux qui pousse l’économie, par les élites ou par le peuple, par les grands projets ou par la multiplication des actions locales de plus petite dimension ? Le second débat concerne les politiques internationales : la lutte contre la pauvreté mondiale peut-elle être menée en totalité et de façon indépendante aux échelons nationaux (et locaux) respectifs, ou induit-elle des interdépendances qui appellent à des changements globaux ?
Se replonger dans ces oppositions permet de mesurer combien l’adoption par la communauté internationale des Objectifs du développement durable (ODD) en septembre 2015 constitue, à l’issue d’un long chemin, une forme de réconciliation de ces approches longtemps alternatives.
Pourtant, à l’heure de cette réconciliation et du constat des progrès significatifs réalisés ces dernières décennies en matière de lutte contre l’extrême pauvreté, la crise du COVID-19 et, de manière plus profonde encore, le dérèglement climatique mondial, conduisent à un retournement durable. Pour faire face à ces nouveaux défis, il faudra construire sur les leçons du passé, mais en changeant d’échelle en matière d’action à tous les niveaux : international, national comme local.
Développement par le haut ou par le bas ?
Le développement a d’abord été vu, dans les années 1950 et 1960, comme un processus progressif de modernisation, et tout particulièrement d’industrialisation. Les pionniers de l’économie du développement s’intéressent en tout premier lieu aux politiques et projets d’investissements et de transferts de technologies qui président à la construction d’un secteur moderne. La vocation de ce dernier est de s’étendre, et de tirer progressivement l’ensemble de la société, selon des phases historiques successives, pendant lesquelles les inégalités sont temporairement appelées à s’accroître. […]
PLAN
- Développement par le haut ou par le bas ?
- La dimension internationale de la pauvreté
- Réconciliation et nouveaux enjeux
- Changer d’échelle
Rémy Rioux est directeur général de l’Agence française de développement (AFD) et président de l’International Development Finance Club (IDFC).
Jean-David Naudet est chargé de recherche au département Diagnostics économiques et politiques publiques de l’Agence française de développement (AFD).
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Développement et lutte contre la pauvreté : de la réconciliation au changement d'échelle
Les groupes chiites en Irak : enjeux nationaux et dimensions transnationales
Les milices chiites irakiennes se sont mobilisées rapidement après la déroute de l’armée irakienne face à Daech en 2014. Elles minimisent le rôle joué par les États-Unis dans les reculs actuels de l’organisation djihadiste. Elles entendent peser sur l’avenir de l’Irak, et investissent notamment le champ de l’éducation. Ces milices sont loin d’être unifiées. Si certaines ont des affiliations très claires avec l’Iran, d’autres entretiennent des relations plus distantes avec Téhéran.
L’Irak a-t-il jamais pu exister ?
Né de la décomposition de l’empire ottoman gérée par les impérialismes occidentaux, l’Irak, espace composite, a vu se succéder les régimes sans créer les bases psychologiques et politiques d’un État-nation. Les événements des deux dernières décennies n’ont fait, avec une lourde responsabilité occidentale, que creuser le fossé entre les communautés et les affiliations. L’Irak a-t-il jamais vraiment existé pour ses populations, et les conflits régionaux le laisseront-ils survivre ?
Irak, le laboratoire permanent
Si l’on s’en tient à l’adage anesthésiant qui voudrait que les peuples heureux n’aient pas d’histoire, les Irakiens partent d’emblée avec un lourd handicap. Ils forment en effet un peuple saturé d’histoire(s), depuis que la Mésopotamie a tenu lieu de décor aux premières sociétés humaines sophistiquées. La temporalité politique s’y affole, en outre, depuis 15 ans ; les velléités américaines de changer le destin du Moyen-Orient tout entier à partir de l’Irak ayant transformé le pays en laboratoire d’observation in vivo des transitions politiques et des recompositions sociales et communautaires (ethniques, religieuses) du monde arabe. Laboratoire déserté par ses laborantins, et où le protocole expérimental ne tient plus.
Liban : entre clientélisme régional et carcan national
En novembre 2017, les dirigeants saoudiens forcent le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à démissionner. Ils commettent ainsi une erreur d’appréciation aux conséquences importantes. Si Riyad espère une mise à l’écart politique du Hezbollah chiite par la communauté sunnite, ces agissements ont été dénoncés par la majorité des Libanais, toutes confessions confondues. Une retombée de cette action pourrait être le renforcement des courants pro-iraniens aux élections législatives de mai 2018.