Les groupes chiites en Irak : enjeux nationaux et dimensions transnationales
Les milices chiites irakiennes se sont mobilisées rapidement après la déroute de l’armée irakienne face à Daech en 2014. Elles minimisent le rôle joué par les États-Unis dans les reculs actuels de l’organisation djihadiste. Elles entendent peser sur l’avenir de l’Irak, et investissent notamment le champ de l’éducation. Ces milices sont loin d’être unifiées. Si certaines ont des affiliations très claires avec l’Iran, d’autres entretiennent des relations plus distantes avec Téhéran.
Depuis l’intervention militaire américaine de 2003 et la participation au pouvoir de la majorité chiite, la question sectaire est devenue prégnante en Irak. Elle se pose avec une acuité accrue depuis la fin annoncée du contrôle par Daech de vastes parties du territoire irakien. En effet, dans un Irak post-Daech, il s’agit pour les différents acteurs de la lutte contre l’État islamique de transformer la victoire contre l’ennemi commun en gains politiques. Ainsi l’Iran et ses alliés chiites régionaux entendent-ils contester le pré-carré que Washington pourrait vouloir y créer. La lutte d’influence concerne plus particulièrement la rivalité entre les États-Unis et les milices chiites. Lors des affrontements de Tikrit, Washington a assuré un soutien aérien. Pourtant, le dirigeant de l’organisation Badr, Hadi Al-Ameri, souligne que « c’est nous qui avons refusé l’aide de la coalition internationale, par peur des erreurs de frappe », s’efforçant donc de démontrer que la coalition dirigée par les États-Unis n’a joué qu’un rôle secondaire dans la lutte contre Daech.
À la veille des élections provinciales et parlementaires de 2018, on pourrait assister à une recomposition du camp chiite vers la constitution d’un front moins pro-iranien, avec notamment un possible rapprochement entre le Premier ministre Abadi, l’ancien responsable du Conseil suprême islamique irakien Hakim, et le politique chiite Sadr, pour s’opposer à l’influence de l’ancien Premier ministre Maliki. En septembre 2017, la visite de l’ayatollah Shahroudi, président du Conseil de discernement de la République islamique a aussi montré les limites de l’influence iranienne en Irak, puisque l’ayatollah Sistani n’a pas souhaité le rencontrer, tout comme les partisans de Sadr. Selon les sources officielles iraniennes, cette visite n’était en fait qu’un pèlerinage sur les lieux saints du chiisme, et n’avait pas vocation à unifier les chiites irakiens à la veille des élections de 2018. Cela étant, lors de sa rencontre avec Maliki, l’ayatollah Shahroudi a souligné l’importance du combat contre Daech pour l’Iran, et « le leurre que constitue la prétention des États-Unis à combattre Daech ».
Avec l’affaiblissement de Daech, le rôle des combattants des milices chiites, les Hachd al-Chaabi, (Unités de mobilisation populaire) apparaît déterminant pour la stabilisation de l’Irak. Ces unités sont constituées de plus de 100 000 combattants répartis dans environ 67 groupes différents, dont 40 auraient des liens avec l’Iran. […]
PLAN
- Le Hachd comme mouvement social
- Le Hachd dans le champ politique irakien
- Les projets en matière d’éducation
- Les questions culturelles
- La dimension transnationale : l’exemple des relations avec l’Iran
Hebatalla Taha est chercheur associé pour le bureau Moyen-Orient de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) à Manama.
Clément Therme est chercheur pour le bureau Moyen-Orient de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) à Manama.
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Les groupes chiites en Irak : enjeux nationaux et dimensions transnationales
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