Le Royaume-Uni, 1900-2000 : de l'empire planétaire au royaume insulaire
Empire de dimension planétaire et première puissance mondiale au début du XXe siècle, le Royaume-Uni a, en moins de cinquante ans, perdu l’empire et la puissance. Sortie vainqueur des deux guerres mondiales, mais durement atteinte dans ses ressources vitales, la Grande-Bretagne a pourtant su, sous la contrainte, offrir à ses Dominions le cadre souple du Commonwealth, demeurer, sous condition, un allié privilégié des États-Unis, et créer en même temps un Welfare State qui a profondément transformé le pays. Mais un certain mythe de la grandeur l'a prévenue contre la construction européenne, qui se fit largement sans elle. Aujourd'hui, le Royaume-Uni arrive à un tournant de son histoire, à la porte d'une Europe de mieux en mieux structurée, et au sein de structures insulaires en pleine évolution.
Quand, le 22 janvier 1901, s'est éteinte la reine Victoria, ses sujets ont pleuré en leur souveraine la « reine de Grande- Bretagne et d'Irlande, des Colonies et Dépendances d'Europe, d'Asie, d'Afrique, d'Amérique et d'Australasie, impératrice des Indes, défenseur de la Foi », grand-mère du kaiser d'Allemagne et de la tsarine de Russie. Aujourd'hui, en l'an 2000, l'héritier de la couronne, Charles, prince de Galles, doit se contenter des titres de duc de Cornouailles, duc de Rothesay, comte de Carrick, baron Renfrew, lord des îles et steward d'Ecosse. En l'espace d'un siècle, la contracture est spectaculaire ! Non seulement la pax britannica n'est plus qu'un souvenir mais, à l'aube du troisième millénaire, le Royaume- Uni, jadis première puissance mondiale - Britannia rules the waves —, se trouve ravalée au rang de puissance moyenne.
La prétention britannique au statut de troisième Grand, telle qu'elle avait été exprimée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s'est très vite avérée intenable. La pente descendante a été la plus forte. Certes, les tuniques rouges et les bonnets à poil de la Garde sont toujours là, mais le déclin séculaire du royaume est indéniable — un déclin tantôt relatif, tantôt plus que relatif. Quels que soient les efforts déployés par la monarchie pour tenir tête et pour maintenir l'unité et la cohésion de la nation, force est de remarquer que, dans la famille royale, les reliquats de la tradition vertueuse et vénérable de la dynastie des Windsor se réduisent à la reine, au prince consort et à la reine- mère. Signe des temps : aux funérailles de la princesse Diana, le chanteur Elton John a donné une version à peine révisée du morceau qu'il avait composé naguère en hommage à Marilyn Monroe.
Le lion, la licorne et la palingénésie
Le Royaume-Uni a beau avoir été le seul pays en Europe, avec la Suède et la Suisse, à avoir traversé le siècle sans occupation étrangère, sans guerre civile, sans amputation territoriale (la Suède a toutefois dû se séparer de la Norvège) et sans renversement politique (dans la mesure où, au cours de ces cent années, il n'a changé ni de constitution ni de système de gouvernement), le fait demeure qu'il a suivi un parcours malaisé, cahoteux, contrasté, fait à la fois de continuités exemplaires et de mues radicales, de crises et d'embellies, de fractures morales et de métamorphoses existentielles. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Le lion, la licorne et la palingénésie
- Des cendres de l'Empire à l'Europe à reculons
- Un royaume éclaté
- Pérennité d'une société ?
François Bédarida est directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
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