L’aide publique au développement à l’ère de la démondialisation
L'aide publique au développement connaît depuis 2023 un effondrement, tant en Europe qu'aux États-Unis. Le choc affecte les pays en développement mais aussi les pays industrialisés. Critique à la fois au Nord et au Sud, l'aide au développement doit se redéfinir, dans ses objectifs et dans ses méthodes. Elle pourrait ainsi s'adapter à une configuration internationale où les principaux acteurs – États-Unis, Union européenne, Chine, pays arabes – adoptent de nouvelles postures.
Depuis la chute du mur de Berlin, la communauté internationale a construit un édifice remarquable pour assurer la prospérité commune. Les relations financières entre Sud global et Nord global, aussi imprécis soient ces termes, se sont structurées autour de quatre piliers : commerce, migrations, aide publique au développement (APD) et investissements directs à l'étranger (IDE). Une gouvernance de plus en plus sophistiquée a encadré ces politiques.
Les résultats ont été majeurs. Depuis 1990, l'extrême pauvreté est passée d'environ 40 % à 10 % de la population mondiale, tandis que la mortalité des enfants de moins de 5 ans a diminué de plus de moitié. Le VIH a été maîtrisé et la poliomyélite presque éradiquée. Le produit intérieur brut (PIB) de l'Afrique subsaharienne (ASS) est passé de 1 400 milliards à 6 000 milliards de dollars. L'espérance de vie à la naissance y a gagné dix années depuis 2000. Mais le reste du monde a aussi été servi : entre 2000 et 2023, le PIB moyen de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a crû de 2,3 % par an. Le revenu moyen d'un Chinois est passé de 3 600 dollars à 19 140, celui d'un Brésilien de 10 230 à 15 790, celui d'un Indien de 1 760 à 8 170, celui d'un Russe de 9 090 à 29 990.
Cela aurait dû être une fête ! L'architecture globale évoquée y a contribué. L'APD, en particulier, était vue comme un élément important de la croissance des pays pauvres, un puissant instrument de redistribution et un outil au service des causes communes globales (climat, santé...). En dépit des nombreux débats académiques sur son efficacité – au final positifs –, elle semblait un modèle : définition claire de sa nature ; objectifs quantitatifs et qualitatifs ; gouvernance mondiale. La situation paraissait bien comprise. En France, la loi de programmation sur la solidarité internationale a été votée en 2021 à l'unanimité. Le dernier eurobaromètre sur le sujet indique que trois Européens sur quatre adhérent à la politique de développement. Les volumes reflétaient cette perception : en 2023, l'APD globale a atteint 240 milliards de dollars, une augmentation spectaculaire depuis 2000. [...]
PLAN DE L'ARTICLE
- L'effondrement de l'APD : soudain et radical
- Des conséquences considérables
- L'effritement des piliers de la relation économique Nord/Sud
- Pourquoi tant de haine ?
- Au Sud : la recherche des alternatives
- Cinq sujets pour reconstruire des politiques globales
- De quoi ceci est-il le nom ?
- Un autre monde est possible (sous condition !)
Jean-Michel Severino a été directeur général de l'Agence française du développement (AFD) de 2001 à 2010. Il est actuellement senior fellow à la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi), membre de l'Académie des technologies et président du Conseil de surveillance d'Investisseurs et Partenaires (I&P).
Article publié dans Politique étrangère, vol. 91, n° 1, 2026.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L’aide publique au développement à l’ère de la démondialisation
L’après-poutinisme en Russie : une succession ouverte ?
Un débat semble s’ouvrir, y compris dans les cercles du pouvoir, sur l’après-Poutine. S’agit-il de maintenir, au-delà de l’actuel président, un État au fonctionnement spécifique par rapport aux normes occidentales ? Le projet purement politique n’est pas seul en cause, tant la dégradation économique et le mécontentement de la population pourraient s’imposer aux dirigeants. L’avenir du régime dépendra largement des choix économiques du gouvernement, de leur succès ou de leur échec.
L’Union européenne vue de Russie
La crise entre l’Union européenne et son voisin russe s’approfondit depuis l’annexion de la Crimée, et nulle solution ne semble annoncer une amélioration de la compréhension mutuelle. Les deux parties ne voient manifestement pas le monde et ses problèmes de la même manière. On essaie ici de reconstituer le schéma narratif russe sur le monde post-guerre froide, de déconstruire la vision russe de l’UE, pour mieux comprendre la nature des divergences et leurs vrais enjeux.
Révolution numérique et transformation de l'action publique
Les nouvelles technologies peuvent contribuer à améliorer l’efficacité des politiques publiques. Le mouvement d’ouverture des données (open data) rend les administrations moins opaques et permet de lutter contre la corruption. L’exploitation de ces données – dans le cadre de partenariats public-privé – peut aider les décideurs à optimiser l’allocation des ressources publiques et faire les bons choix. La numérisation permet d’alléger certaines procédures et de faciliter la vie des citoyens.
Brésil : la politique étrangère de Jair Bolsonaro
Fin 2018, les Brésiliens ont élu un nouveau président : Jair Bolsonaro. Ce dernier entend rompre avec la politique de ses prédécesseurs, notamment dans le domaine des relations extérieures. L’axe principal de sa diplomatie est un rapprochement avec Washington. Sur plusieurs sujets, Bolsonaro s’aligne sur les positions de Donald Trump. Mais le Brésil n’a pas la puissance des États-Unis et prendrait des risques importants en se lançant dans un bras de fer avec la Chine ou le monde musulman.