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La Serbie, équilibriste entre Russie et Occident

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Politique étrangère, n° 4, vol. 87, hiver 2022
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Accroche

La Serbie a refusé de soutenir les sanctions de l’UE contre la Russie, suscitant par l’ambivalence de sa politique étrangère une attention redoublée de la communauté internationale. Cette position s’inscrit dans la continuité de la politique étrangère du pays. L’ambiguïté est une stratégie délibérée pour le président Vučić, qui entend ne pas être « coincé entre l’Est et l’Ouest » : elle lui permet de consolider son pouvoir à Belgrade et de maximiser sa marge de manœuvre sur le plan international.

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Début mars 2022, alors que partout en Europe des manifestations sont organisées contre l'invasion russe en Ukraine, quelques milliers de personnes descendent dans la rue à Belgrade pour soutenir la Russie. Parties du monument au tsar Nicolas II, elles marchent jusqu'à l'ambassade russe et biélorusse, scandant « La Serbie et la Russie n'ont pas besoin de l'Union [européenne] ! » et arborant le Z (symbole de l'armée d'invasion russe), des icônes orthodoxes ainsi que des drapeaux serbes et russes.


Ces manifestants serbes, loin de vouloir prêter main-forte à leur gouvernement qui s'était pourtant prononcé contre des sanctions à l'encontre de la Russie, lui reprochaient de ne pas soutenir suffisamment Moscou. De nombreux autres mouvements de protestation s'enchaînent dans les mois suivants, pour la plupart organisés par des groupuscules d'extrême droite, notamment par Narodna Patrola (« Patrouille du peuple »), qui a déjà souvent dénoncé une « trahison » dans la politique menée à l'égard du Kosovo et proféré diverses menaces contre les migrants. Relativement modestes mais très médiatisés, ces mouvements de protestation ont pu donner l'impression que le président Aleksandar Vučić et le gouvernement serbe étaient poussés par un public pro-russe.


Durant les mois suivants, le président serbe n'a cessé de se présenter, aussi bien dans son pays que sur la scène internationale, comme étant « coincé » entre l'Est et l'Ouest. Ainsi déclarait-il en août 2022 à l'agence Reuters à propos d'une manifestation contre l'Europride (événement qui devait avoir lieu en septembre et sera finalement interdit par les autorités) : « Je ne peux pas dire que [la manifestation] a été dirigée de main étrangère parce que beaucoup de gens ordinaires y ont participé […]. Quant à la question de savoir s'il existe un conflit par procuration en Serbie, […] il y en a un, c'est sûr, c'est l'Est contre l'Ouest. »


Les médias se font un plaisir de reprendre continuellement cette rhétorique. Ce grand écart, ce dilemme, ce conflit qui soi-disant menace de déchirer la Serbie est obstinément mis en scène. Il s'inscrit dans la politique du président Vučić qui, pour protéger son pouvoir, se présente sur la scène internationale, suivant les cas, comme victime des grandes puissances ou comme habile jongleur. L'invasion de l'Ukraine aurait pu constituer pour lui l'occasion de prendre ses distances par rapport à la Russie. Après tout, le respect de la souveraineté nationale est un argument central dans l'exigence de maintenir le Kosovo dans la Serbie, une souveraineté nationale que la Russie piétine en attaquant l'Ukraine. Le gouvernement serbe campe toutefois sur sa position ambivalente. […]


Plan

  • Face à la guerre en Ukraine
  • De multiples déterminants internes


Florian Bieber est professeur à l’université Karl-Franzens de Graz, où il dirige le Centre d’études sur l’Europe du Sud-Est, et coordinateur du Balkans in Europe Policy Advisory Group.

Traduit de l’allemand par Cadenza Academic Translations.

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ISBN / ISSN

979-10-373-0482-7

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La Serbie, équilibriste entre Russie et Occident

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En attendant le retour de l'Etat...

Date de publication
21 décembre 2021
Accroche

L'échec de la coalition internationale en Afghanistan et les difficultés rencontrées par Paris et ses alliés au Sahel soulèvent nombre de questions sur l’ingénierie internationale imaginée depuis les années 1990 pour reconstruire ou renforcer les États « faillis ». L’association entre, d’une part, une opération militaire destinée à contenir ou affaiblir une insurrection et, d’autre part, une coopération internationale plus ou moins importante, destinée à renforcer ou redéployer l’État – l’ensemble constituant ce que les stratèges appellent une opération de « stabilisation » – n’a pas débouché sur la stabilité attendue. En Afghanistan comme au Mali, le lien direct postulé entre apaisement des tensions et délivrance de services publics n’est pas validé. Ni les Provincial Reconstruction Teams (PRT) afghanes ni les « colonnes foraines » accompagnées par Barkhane n’ont pu apaiser les conflits violents ou relégitimer l’État.

Alain ANTIL Elodie RICHE Anne SAVEY
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Gouvernance économique européenne : entre erreurs passées et promesses d'avenir

Date de publication
21 décembre 2021
Accroche

La crise de la zone euro avait marqué un véritable échec de la politique de l’Union européenne (UE), traduit en performances économiques médiocres et en érosion de sa légitimité politique dans les populations des États membres. La crise de la pandémie du Covid-19 a au contraire, après un flottement initial, montré toute sa réactivité, avec en particulier l’acceptation d’une dette commune. Ce nouveau départ de l’UE doit cependant être confirmé, à la fois politiquement et institutionnellement.

Vivien SCHMIDT
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L’Union européenne, entre fragmentation et consolidation

Date de publication
21 décembre 2021
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L’Union européenne (UE) a géré avec succès les effets de la pandémie de Covid-19 et le Brexit a renforcé la cohésion de l’UE autour de l’axe franco-allemand. La confrontation sino-américaine favorise l’unité européenne au sein de l’alliance occidentale. Les controverses sur l’« illibéralisme » peuvent être vues comme une européanisation de la politique intérieure. Pour autant, il n’est pas évident que ces constats entraînent une modification substantielle de l’équilibre entre l’Union et ses États membres.

Maxime LEFEBVRE
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Après le Brexit et le Covid : quel avenir pour l’Europe ?

Date de publication
21 décembre 2021
Accroche

Les chocs du Brexit et de la pandémie de Covid-19 ont montré la résilience de la dynamique intégratrice de l’Union européenne – avec, en particulier, le plan Next Generation EU. Mais l’adoption de ce dernier a été difficile, et la pandémie a été aussi l’occasion de retours sur des initiatives purement nationales sur l’état de droit, la fermeture des frontières ou la vaccination. La Conférence sur l’avenir de l’Europe permettra-t-elle d’adopter les mutations constitutionnelles qui semblent s’imposer ?

Federico FABBRINI

Comment citer cette étude ?

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Florian BIEBER, « La Serbie, équilibriste entre Russie et Occident », Politique étrangère, Articles, Ifri, 21 décembre 2022.
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La Serbie, équilibriste entre Russie et Occident