Boris Johnson, du Capitole à la Roche tarpéienne ?
Boris Johnson est un personnage atypique qui a su s'attirer les faveurs d'une partie importante des Britanniques, y compris dans des fiefs travaillistes. Sa détermination à achever le Brexit lui a permis de remporter les élections générales de 2019, mais une fois nommé Premier ministre, il a fait l'objet de critiques virulentes pour sa gestion chaotique des affaires. Confronté à des scandales et accusé de mettre à mal la démocratie, il pourrait être contraint de quitter prématurément le pouvoir.
A l’aube de 2021, le Premier ministre britannique s’adressait à la nation avec enthousiasme, saluant l’arrivée imminente d’un nouveau vaccin issu des laboratoires d’Oxford et le début d’une nouvelle ère post-Brexit. Cette année allait pourtant être ponctuée d’une série de polémiques et de scandales, au point que ses chances de survie politique devaient paraître compromises. Néanmoins, lors de son discours du 31 décembre 2021, le Premier ministre semblait n’en avoir cure. Il se félicitait de voir le Royaume-Uni aborder 2022 dans une situation « incomparablement meilleure » sur le plan sanitaire.
Un an après la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), et deux ans et demi après l’arrivée de Boris Johnson au 10 Downing Street, on peut s’interroger sur le parcours singulier de ce chef de gouvernement, dont l’ascension et la popularité record ont surpris bien des observateurs. Si son parcours est inévitablement associé au Brexit, qu’il a piloté et fait aboutir, son mandat a été aussi fortement marqué par la gestion du Covid-19, et émaillé de révélations qui ont considérablement terni son image jusqu’au sein de son propre parti.
L’homme du Brexit
Le 9 juillet 2018, Boris Johnson, alors secrétaire d’État aux Affaires étrangères, démissionnait du gouvernement de Theresa May. Il déclarait que le projet de cette dernière n’était qu’un « demi-Brexit » qui, s’il était adopté, reléguerait le Royaume-Uni au statut de colonie, de larges parts de son économie restant prisonnières du système européen. Ces propos, de la part d’un des plus farouches partisans du leave, ajoutèrent au discrédit de la Première ministre qui démissionna le 7 juin 2019. En dépit de trois tentatives infructueuses, elle n’avait pas réussi à faire ratifier l’Accord de retrait assorti du backstop qu’elle avait négocié avec les Européens. L’imbrication de la question nord-irlandaise dans la problématique plus vaste de la future relation commerciale avec l’UE avait conduit à une impasse politique qui semblait inextricable.
Le 24 juillet 2019, le lendemain de son élection comme chef du Parti conservateur avec 66,4 % des voix, Boris Johnson, qui avait fait du Brexit l’alpha et l’oméga de sa vision politique, succéda à Theresa May. Dès son arrivée au pouvoir, il se montra déterminé à obtenir de l’UE, avant le 31 octobre 2019, une rupture nette et avantageuse, à même de garantir le retour à la pleine souveraineté du royaume ou, à défaut d’y parvenir, à opter pour une sortie sans accord. […]
PLAN
- L’homme du Brexit
- Les ingrédients du succès
- La pratique du pouvoir
- La démocratie à l’épreuve de Boris Johnson
- Les cibles du pouvoir
Marie-Claire Considère-Charon est professeur honoraire à l'université de Franche-Comté.
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