Les États-Unis de Trump et la guerre du Haut-Karabagh
L’administration Trump, accaparée par les élections présidentielles, est restée pour l’essentiel en retrait, en dépit d’efforts ponctuels. Ce retrait relatif, sur fond d’activisme en faveur d’un camp ou de l’autre, de nombreux acteurs institutionnels et non-institutionnels à Washington, a laissé le champ libre à la Turquie et à la Russie. Au final, Moscou a obtenu seule un cessez-le-feu, qui matérialise son influence mais aussi d’importantes avancées territoriales azéries et diplomatiques turques.
La récente guerre au Haut-Karabagh, ouverte par l’offensive du 27 septembre 2020 de l’armée de l’Azerbaïdjan soutenue par la Turquie, contre la République auto-proclamée du Haut-Karabagh (Artsakh, en arménien) soutenue par l’Arménie, et conclue par le cessez-le-feu du 9 novembre, a consacré sinon la défaite totale, du moins un net recul de la partie arménienne, qui abandonne des territoires au profit de l’Azerbaïdjan. Particulièrement violente, cette phase armée a fait plusieurs milliers de morts de part et d’autre, et obéré la stabilité d’une région stratégique aux confins de la Russie et du Moyen-Orient, mais également de l’Europe et de l’Asie centrale.
Pour ces raisons, mais aussi parce que les États-Unis sont, avec la Russie et la France, co-présidents du Groupe de Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), en charge des négociations de paix depuis la première phase armée du conflit au début des années 1990, l’administration Trump n’a pu éviter la question et s’est investie, durant les six semaines de la guerre, pour tenter de stopper les hostilités. Moins engagée que ses prédécesseurs au Sud Caucase (et surtout que les administrations de Bill Clinton et George W. Bush), empêtrée dans diverses crises intérieures – dont celle du coronavirus –, elle l’a fait de manière limitée et quelque peu décousue. Les affinités entre les présidents Trump et Erdogan, et l’amélioration des relations entre les États-Unis et la Turquie depuis le printemps 2020 ont sans doute contribué à cette retenue relative de Washington, et au fait que l’exécutif américain n’a pas cherché à freiner concrètement l’engagement d’Ankara sur le terrain.
Les élections présidentielles, ainsi que, dans un autre registre, l’implication d’un nombre important d’acteurs institutionnels et non-institutionnels américains dans le dossier, n’ont pas simplifié l’équation. Si bien que l’administration Trump, sans être complètement en retrait, n’a pas obtenu de résultats probants. Le reste de la communauté internationale, dont la France et même la Russie, ne s’est guère montrée plus efficace, jusqu’aux premiers jours de novembre où Moscou, qui donnait jusqu’alors l’impression d’être également en retrait, a clairement repris la main et obtenu un cessez-le-feu le 9. La gestion du conflit par l’administration Trump a donc laissé les grands acteurs régionaux, Turquie et Russie, occuper le terrain géopolitique. […]
PLAN
- L’exécutif américain et les premiers jours de la guerre
- Acteurs non-institutionnels et législateurs s’activent
- Le cessez-le-feu (non-appliqué) et les dernières initiatives avant les élections
Julien Zarifian est maître de conférences en civilisation américaine à CY Cergy Paris Université, et membre junior de l’Institut universitaire de France (2020-2025).
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Les États-Unis de Trump et la guerre du Haut-Karabagh
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesEssequibo : une vieille plaie entre Venezuela et Guyana
Héritage de la décolonisation et d’une longue bataille juridique, la querelle de l’Essequibo – territoire guyanais revendiqué par Caracas – est désormais portée devant la Cour internationale de justice. Mais cette Cour ne s’est prononcée que sur sa propre compétence, que lui déniait le Venezuela. Ce sont toutes les procédures de règlement, amiables ou judiciaires, des dissensions internationales prévues par la Charte de l’ONU qui sont convoquées autour de ce cas d’espèce.
Philanthropes sans frontières : la générosité privée au secours du monde ?
Acteurs traditionnellement discrets, les mécènes et fondations privées influencent le système international depuis plus d’un siècle. Leur visibilité s’est accrue et leur rôle géopolitique s’affirme, tandis que se mêlent dans leurs élans de générosité une sincérité non feinte et des intérêts adroitement calculés. Les crises et catastrophes récentes suscitent des dons sans précédent qui ne viennent pas uniquement des grandes fondations et donateurs occidentaux. Le paysage de la philanthropie est en pleine effervescence.
Que peuvent faire les Nations unies au XXIe siècle ?
Après le printemps des années 1990, l’ONU connaît un temps de reflux : retrait des Occidentaux des Opérations de maintien de la paix, minage de l’Organisation par les États-Unis, retour aux vétos au Conseil de sécurité… Sa réforme paraît aujourd’hui à la fois nécessaire pour l’adapter aux mutations du monde, et improbable, au moins pour la composition du Conseil de sécurité. Elle demeure le seul espace de dialogue universel pour des questions comme l’environnement ou les droits de l’homme.
Qu’attendre de l’ONU aujourd’hui ?
L’ONU n’a sans doute plus ni la légitimité ni les moyens d’imposer la paix dans un monde qui ne ressemble plus à celui de 1945. Et la réforme de ses institutions centrales est hors d’atteinte. Mais elle peut s’inscrire dans l’avenir, en continuant à aider à résoudre nombre de problèmes concrets. À travers ses diverses institutions spécialisées, l’ONU pourra ainsi s’adapter à un monde dont les enjeux et les acteurs ont connu des mutations fondamentales depuis la Charte de 1945.