Que peuvent faire les Nations unies au XXIe siècle ?
Après le printemps des années 1990, l’ONU connaît un temps de reflux : retrait des Occidentaux des Opérations de maintien de la paix, minage de l’Organisation par les États-Unis, retour aux vétos au Conseil de sécurité… Sa réforme paraît aujourd’hui à la fois nécessaire pour l’adapter aux mutations du monde, et improbable, au moins pour la composition du Conseil de sécurité. Elle demeure le seul espace de dialogue universel pour des questions comme l’environnement ou les droits de l’homme.
La session de l’Assemblée générale qui devait célébrer en septembre 2020 le 75e anniversaire des Nations unies, traditionnellement occasion d’un bilan ou de nouvelles initiatives, a été muette, et la maison de verre est restée déserte. Cela a constitué l’antinomie parfaite de ce moment annuel, et rituel, du plus vaste speed dating au monde, dans cette immense ruche où, en marge des discours dans la salle de l’Assemblée, d’innombrables rencontres à géométrie variable entre chefs d’État et de gouvernement, ou entre ministres des Affaires étrangères, traitent de toutes les crises de la planète, sans toujours les résoudre mais en dialoguant, ce qui est la raison d’être de l’Organisation des Nations unies (ONU). Comme le disait Harold MacMillan dans une formule lapidaire s’inspirant de Winston Churchill, « jaw jaw better than war war » …
Si a émergé du silence et de l’indifférence l’annonce surprise, par le président Xi Jinping, de la réalisation de la neutralité carbone chinoise en 2060, et si le secrétaire général Antonio Gutierrez a voulu faire de l’occasion un moment de rencontre avec des jeunes, invités à faire part de ce qu’ils attendaient de cette grande organisation, les écrans ont figé les discours alors même que le monde entier regardait ailleurs, pour suivre les évolutions mortifères de la pandémie de COVID-19. Ce silence forcé est pourtant révélateur d’un risque de marginalisation des Nations unies, à une époque devenue certes multipolaire, mais sans que cela se traduise par un véritable multilatéralisme.
Printemps et hivers de l’ONU
Au sortir des ravages de la Seconde Guerre mondiale, les Nations unies incarnaient l’espoir kantien d’une paix perpétuelle. Puis la guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique est venue bloquer le fonctionnement du saint des saints : le Conseil de sécurité, rarement appelé à sortir de son sommeil. La fin de l’URSS, que certains, avec Francis Fukuyama, assimilaient rapidement à une fin de l’histoire, a suscité un temps un big blue dream, un « grand rêve bleu » – de la couleur azurée du drapeau sous lequel les Nations unies accueilleraient des nations réconciliées prêtes à renouer avec l’utopie kantienne. Finie la pratique systématique du véto, et dans les années 1990 le Conseil de sécurité créait des opérations de maintien de la paix à tour de bras en évitant de se demander si l’intendance suivrait. C’est l’époque où je travaillais à la mission permanente de la France. Les délégués partageaient l’enthousiasme des membres du Secrétariat, qui exprimaient le sentiment d’incarner véritablement la communauté internationale. […]
PLAN
- Printemps et hivers de l’ONU
- Missions fondamentales et réformes nécessaires
- Adapter l’ONU à un monde qui change
Sylvie Bermann, ancienne directrice des Nations unies et des organisations internationales au ministère des Affaires étrangères, a été ambassadeur dans trois des pays membres permanents du Conseil de sécurité : Chine, Royaume-Uni et Russie.
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Que peuvent faire les Nations unies au XXIe siècle ?
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