Comment réduire la durée des interventions militaires ? Le concept de bridging operation
Au cours des deux dernières décennies, les armées françaises sont intervenues à de multiples reprises pour tenter de rétablir la stabilité dans des pays en crise. Certaines de ces opérations de stabilisation ont duré plus de dix ans. Le concept de bridging operation a émergé pour tenter de réduire la durée et le coût de telles interventions. L’objectif est de créer rapidement les conditions permettant de transmettre le relais à une force multinationale.
À l’ère des médias d’information en continu et des réseaux sociaux, les images de massacres circulent rapidement et poussent les populations occidentales à exiger une réaction de leurs gouvernements. Les moyens d’agir sont pourtant limités, et très peu de pays ont la volonté de s’engager pleinement dans un conflit ouvert, particulièrement après les longues guerres d’Afghanistan et d’Irak. Les responsables politiques n’entendent pas rester passifs, mais ils souhaitent agir à moindre coût sur les plans politique, diplomatique, financier ou humain. Ils sont d’autant plus prudents que les termes d’« enlisement » ou de « bourbier » ne tardent guère à apparaître dans les médias, dès lors qu’une opération dépasse une durée de quelques semaines. Il leur faut donc obtenir des résultats au plus vite, ou au moins pouvoir en revendiquer.
Pour réduire le coût d’une intervention en évitant l’enlisement, un « nouveau modèle » d’opérations extérieures françaises a été développé, celui des bridging operations, ou « opérations de transition », lesquelles visent à créer les conditions favorables au déploiement ou au renforcement d’une opération multinationale chargée de prendre le relais. Une bridging operation se distingue d’une relève classique, qui est un changement de responsabilité dans une opération de stabilisation, indépendante de la volonté de désengagement rapide, ou de l’incapacité à gérer l’ensemble de la zone d’opérations. La principale différence entre relèves et bridging operations est temporelle : la durée théorique des premières se compte en années, celle des secondes en mois.
Avec ces opérations de transition, l’objectif est de créer un choc suffisant pour obtenir un effet de levier et, en quelque sorte, « plier les événements ». Mais peut-on réellement compresser la durée des opérations extérieures ?
La genèse du concept de bridging operation
Le concept de bridging operation est d’abord issu de la politique de sécurité européenne. Son origine remonte à l’opération Artémis (République démocratique du Congo, 2003), première mission européenne montée hors du dispositif prévu par les accords Berlin Plus et première opération coordonnée entre l’Union européenne (UE) et l’Organisation des Nations unies (ONU). Elle avait pour but de stabiliser Bunia et sa région avant le déploiement d’une mission onusienne, la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (MONUC). [...]
PLAN
- La genèse du concept de bridging operation
- Un concept répondant au contexte politique et militaire
- Les difficultés des bridging operations
- Mesurer le succès d’une opération
Rémy Hémez est officier de l’armée de Terre. Il a été chercheur au Laboratoire de Recherche sur la Défense (LRD) de l’Ifri de 2015 à 2017.
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