Comment réparer la démocratie américaine ?
La fin de la présidence Trump a témoigné à la fois de la force des institutions et de leur fragilité. Le jeu politique américain est miné par au moins trois éléments : le poids de l’argent dans le processus électoral ; l’hystérisation du débat sur les divers médias ; le dérèglement du système électoral : inégalité du poids des votes, multiplication des entraves au vote lui-même. Les démocrates souhaitent réformer le système mais il n’est pas sûr qu’ils en aient les moyens institutionnels.
Rédigée à Philadelphie au cours de l’été 1787, la Constitution américaine visait à établir un système politique alors inédit : la première république de l’époque contemporaine allait mettre en application les principes de la démocratie élaborés pendant le siècle des Lumières. Faisant face à un monde occidental encore presque totalement constitué de monarchies, les Pères fondateurs américains n’avaient qu’une hantise : celle qu’un futur président refuse de rendre le pouvoir à la fin de son mandat pour se transformer en roi, voire en tyran, et transmette après lui le pouvoir à ses enfants. C’est pourquoi le pouvoir exécutif aux États-Unis a été entouré dès l’origine de contre-pouvoirs puissants : le Congrès, le pouvoir judiciaire, ainsi que la structure fédérale qui laisse aux États des prérogatives majeures vis-à-vis de la capitale.
Les événements du 6 janvier 2021 peuvent être interprétés comme la victoire de ce système institutionnel mis en place voici près de 250 ans. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, l’accès au vote et la valeur des bulletins ne sont pas les mêmes pour tous les citoyens. Les réformes proposées par l’administration Biden pourront-elles être adoptées ?
Les contre-pouvoirs à l’épreuve
À l’issue des élections présidentielles du 3 novembre 2020, le décompte des voix par État attribua la victoire au candidat démocrate Joe Biden. Le président sortant Donald Trump contesta aussitôt ces résultats, affirmant qu’une fraude électorale massive avait eu lieu, orchestrée par les démocrates. Ses partisans, aussi bien à la base que parmi les élus et responsables du Parti républicain, ainsi que les médias acquis à sa cause, reprirent sa thèse. Même si certains ont sans doute été sincèrement convaincus que l’élection leur avait été « volée », l’étude des faits prouve sans équivoque le contraire : les affirmations de Trump étaient un « grand mensonge », un « big lie ».
De fait, des représentants de toutes les branches du pouvoir ont contesté la thèse de l’élection volée. Cette vérité éclate d’abord au sein de l’administration, la réfutation venant donc de l’intérieur même du pouvoir exécutif. Christopher Krebs, directeur de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency, agence dépendant du département de la Homeland Security, en charge de l’intégrité des élections, déclare ainsi que les élections de 2020 ont été « les plus sûres de l’histoire américaine ». Il est congédié par Trump le 17 novembre. De même, William Barr, ministre de la Justice (Attorney General), pourtant trumpiste dévoué jusqu’alors, atteste que son département n’a trouvé aucune preuve de fraude électorale susceptible de renverser le résultat des élections. [...]
PLAN
- Les contre-pouvoirs à l’épreuve
- L’assaut du Capitole - Trois maux de la démocratie américaine
- Le rôle de l’argent
- La responsabilité des médias
- Un système électoral déréglé
- Vers une réforme du système électoral ?
- L’entrave du filibuster
Laurence Nardon est chercheuse et dirige le programme Amérique du Nord de l’Ifri.
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