Conflits d’Afrique subsaharienne : l’éternel retour ?
Au Sahel, au Soudan du Sud, dans l’Afrique des Grands Lacs, les conflits récurrents témoignent surtout de l’échec des gouvernances héritées de la colonisation. Les pouvoirs politiques n’ont jamais reflété la diversité des communautés de leurs sociétés. La démocratisation des années 1990 ne pouvait dans ces conditions qu’être un trompe-l’œil. Les oligarchies tournent à la prédation de plus en plus violente, et tous les éléments semblent réunis pour que les conflits perdurent.
L’Afrique reste une terre de conflits. En dépit de la croissance économique du continent durant les deux dernières décennies, due surtout aux exportations de matières premières et à l’essor de la consommation intérieure, le continent totalisait en 2017, selon le baromètre de Heidelberg, le quart des « conflits politiques » (political conflicts) mondiaux, soit 95 sur 385, demeurant aussi la région de la planète la plus touchée par la catégorie la plus violente de ces conflits.
Un certain nombre d’entre eux, qui durent ou réapparaissent parfois sur plus d’un demi-siècle, semblent récurrents, ou interminables, surtout dans la partie subsaharienne du continent, de part et d’autre de l’équateur et sur certaines zones bien délimitées : il s’agit principalement du Sahel, de la Corne de l’Afrique et des Grands Lacs. À la suite d’accords politiques plus ou moins durables, le cycle d’affrontements peut dégager des périodes de récession et d’atténuation de la violence effective sur le terrain, sans pour autant que les causes les plus profondes soient traitées, d’où, à terme, un inévitable retour de flamme.
Quelques exemples de ces conflits enkystés dans la structure politique et sociale des zones concernées, et qui se transforment en permanence dans leurs modalités sans disparaître pour autant, seront examinés ici dans une logique comparative. Trois cas géographiquement et typologiquement bien distincts seront abordés : le conflit saharien au Mali, celui du Soudan du Sud, et la situation des Grands Lacs. Sur le baromètre 2017 de Heidelberg, qui adopte un classement par État et non par sous-région, le premier est classé en intensité 4 (limited war), le deuxième en intensité 5 (war) et le dernier en intensité 5 en République démocratique du Congo (RDC), mais 3 (violent crisis) seulement au Rwanda et au Burundi.
À travers ces trois cas, choisis parmi bien d’autres d’intensités très variables de la Somalie à l’Est à la Casamance à l’Ouest, l’analyse qui suit vise à se dégager d’une approche synchronique par croisement d’indicateurs formels (intensité du conflit, armement, type de combattants, etc.), pour mieux appréhender leur dimension temporelle en partant du caractère spécifique de chacun de ces exemples d’affrontements armés : communauté ethnique contre État post-colonial dans le premier cas ; lutte binaire pour le pouvoir central dans le deuxième ; éruptivité régionale dans le dernier cas. L’on en dégagera des remarques générales sur la gouvernance africaine et les limites d’un modèle étatique peu adapté à un continent dont le passé peine à rejoindre le présent. {…]
PLAN
- Touaregs et État malien : un blocage structurel
- Soudan du Sud : une mutation conflictuelle
- Grands Lacs : une éruptivité multiple
- Affrontements communautaires et relation à l’État
François Gaulme est chercheur associé au programme Afrique subsaharienne de l’Ifri.
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