De l’utilité du G7 : témoignage d'un sherpa
Le G7 constitue un élément informel mais important de la gouvernance mondiale. Ses membres sont supposés unis par des valeurs communes, ce qui explique, par exemple, que la Russie ne participe plus à ses travaux. Le G7 met en œuvre une machinerie très complexe qui a vocation à traiter de tous les problèmes globaux. Le sommet de Charlevoix, et l’ensemble des réunions qui l’ont entouré, ont illustré la volonté du Canada de donner un nouveau souffle, et une nouvelle surface à ces mécanismes.
Les réflexions qui suivent partent d’une profonde conviction : le G7 est utile, et même nécessaire, à un moment clé de l’histoire mondiale, alors que des valeurs et un travail communs sont plus essentiels que jamais pour renforcer la démocratie libérale et sauver un ordre international fondé sur des règles. Si le G7 présente sans conteste des défauts, ses avantages, d’après mon expérience de 30 ans de sommets, les dépassent largement. Le G7, en dernière instance, fonctionne plutôt bien comme organe d’influence, même si sa capacité à traiter les problèmes mondiaux et à répondre aux préoccupations des citoyens pourrait être améliorée. Il se trouve aujourd’hui sur la sellette, pour des raisons qui tiennent principalement à la perception d’inégalités mondiales en hausse, une critique souvent alimentée par des éléments isolationnistes et xénophobes.
Sans surprise, j’avancerai ici un point de vue canadien, centré sur la présidence canadienne du G7 en 2018 et le sommet de Charlevoix. Lors de ce sommet, les discussions informelles qui caractérisent le G7 ont culminé lorsque les chefs d’État et de gouvernement, accompagnés de leurs représentants personnels – les sherpas – ont vivement débattu des mérites de l’ordre international fondé sur des normes. Le G7 est un groupe à l’influence significative : il peut lancer des tendances, attirer l’attention sur des problèmes internationaux, identifier les solutions possibles. Il peut aussi agir comme source d’initiative et d’influence au profit d’autres organismes : G20, Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Organisation des Nations unies (ONU), organisations régionales…
Une généalogie
Les États membres du G7 partagent traditionnellement les valeurs fondamentales de la démocratie libérale : respect de l’état de droit, attachement à un ordre international fondé sur des règles communes, défense des droits de la personne, promotion des marchés libres et ouverts. Ces valeurs essentielles constituent le socle de discussions spontanées et franches entre dirigeants, un dialogue authentique et productif débouchant au final sur des résultats plus efficaces. C’est à ce dialogue que les dirigeants sont le plus attachés – en dépit du scepticisme avec lequel presque tous les participants abordent leur premier sommet – et c’est ce dialogue même, sans doute, qui explique que les sommets et les réunions du G7 aient traversé l’épreuve du temps. […]
PLAN
- Une généalogie
- Une gouvernance mondiale informelle
- Les grands choix de Charlevoix
- L’importance de la dimension environnementale
Peter M. Boehm a été nommé au Sénat du Canada en octobre 2018. Ambassadeur, sous-ministre à plusieurs reprises, il a été sherpa de plusieurs Premiers ministres pour les sommets du G8 et G7, en particulier celui de Charlevoix en 2018.
Traduit de l'anglais par Cécile Tarpinian.
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De l’utilité du G7 : témoignage d'un sherpa
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