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États-Unis, le pays du carnage

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Politique étrangère, vol. 85, n° 2, 2020
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Dans son discours d’investiture du 20 janvier 2017, le nouveau président Donald Trump avait employé le terme de « carnage » pour évoquer la situation des États-Unis : un pays qu’il estimait ruiné par l’égoïsme des élites.

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Ainsi, des régions entières avaient été désindustrialisées à la suite d’accords de libre-échange qui avaient permis aux grandes entreprises de délocaliser leurs usines. Le texte du discours, très sombre, avait été rédigé par Stephen Miller – l’un des rares collaborateurs du président à être encore présent à la Maison-Blanche en 2020. Idéologue populiste de droite, il y évoquait « des usines délabrées […] éparpillées comme des pierres tombales dans le paysage de notre nation ». Victimes principales de ce carnage, les cols bleus, classes moyennes peu diplômées, se retrouvaient au chômage, en proie à une épidémie de surdoses d’opioïdes et à une criminalité liée à la drogue et aux gangs. Ce dernier point permettait au président d’embrayer sur la question de l’immigration venue du sud du pays.


Trump et Miller décrivaient un pays où la mobilité sociale, pourtant promesse essentielle des Pères fondateurs, serait devenue un leurre. Dans les faits, le grand mouvement d’égalisation des conditions intervenu entre les années 1930 (avec le New Deal) et les années 1960 (avec les réformes du président Johnson) a bien été effacé : en 2008, le niveau des inégalités sociales est redevenu égal à celui de 1929. Plusieurs éléments étaient en cause ; du recul des politiques publiques de redistribution à partir des années 1980 au prix exorbitant des études supérieures, qui permet la captation des opportunités d’ascension sociale par les enfants des élites.


Les chercheurs Angus Deaton et Anne Case ont été les premiers à pointer et analyser une hausse significative du taux de mortalité chez les Américains blancs entre 45 et 54 ans, provoquée par l’alcoolisme, la drogue et le suicide. Ils attribuent ce phénomène des « morts de désespoir » à l’angoisse de ces populations devant la perte de statut social et de perspectives de progression économique.


Portée par Donald Trump dans la campagne de 2016, cette peinture très négative était également partagée par la gauche du Parti démocrate, pour laquelle la prise de conscience d’un système devenu structurellement inégalitaire datait de la crise de 2008. Le mouvement Occupy Wall Street de 2011 avait vu des manifestants plutôt jeunes et diplômés développer des propositions de réformes radicales, qui furent relayées par Elizabeth Warren et Bernie Sanders. Ce dernier se mua en un adversaire redoutable pour Hillary Clinton lors de la primaire démocrate de 2016. Si beaucoup de leurs solutions diffèrent, par exemple sur le contrôle des institutions financières, Trump et la gauche radicale s’accordent néanmoins sur la nécessité de mettre des limites au principe du libre-échange. [...]


PLAN

  • Un président rédempteur ?
  • Une générosité soudaine en termes de santé
  • Une rénovation des infrastructures sera-t-elle enfin engagée ?


Laurence Nardon est responsable du programme Amérique du Nord de l’Ifri.

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États-Unis, le pays du carnage

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Laurence NARDON

Laurence NARDON

Intitulé du poste

Responsable du Programme Amériques de l'Ifri

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Le défi de la démocratie européenne

Date de publication
21 décembre 2018
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L’affirmation du rôle du Parlement européen est une réponse au reproche de déficit démocratique dans l’Union. Cette affirmation reste inachevée, du fait de la nature même de l’Union européenne. On doit concevoir cette Union comme une « fédération en devenir », équilibrant la légitimité des démocraties nationales et celle du Parlement européen. La procédure de désignation des Spitzenkandidaten, candidats têtes de liste des partis européens, permet de renforcer l’espace du débat public européen.

Maxime LEFEBVRE
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Peut-il y avoir une démocratie européenne ?

Date de publication
21 décembre 2018
Accroche

Le déficit démocratique de l’Union européenne dénonce un double manque : celui d’une réelle séparation des pouvoirs et celui d’un peuple européen. Un renforcement des pouvoirs du Conseil des ministres pourrait favoriser une « démocratie au second degré ». Le véritable changement serait d’aller vers une Europe confédérale. Mais le choix de cette option serait inséparable du refus de la subordination européenne : un choix partagé par peu d’États membres, indépendamment de la volonté des peuples.

Marie-Françoise BECHTEL
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Brexit et défense européenne : vers un deal ambigu ?

Date de publication
21 décembre 2018
Accroche

L’héritage des positions du Royaume-Uni sur la défense européenne est contrasté, marqué par un attachement inconditionnel et exclusif à l’Alliance atlantique et, depuis vingt ans, une adhésion mesurée aux progrès européens. La proclamation de la volonté de Londres de garder, après le Brexit, un haut niveau de coopération s’accompagne cependant de la demande d’un statut spécial, qui dépendra largement des résultats de la négociation globale. Et plusieurs dossiers concrets restent en suspens.

Jolyon HOWORTH
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La question irlandaise, enjeu majeur du Brexit

Date de publication
21 décembre 2018
Accroche

Le Royaume-Uni n’a qu’une seule frontière terrestre : celle qui le sépare de la République d’Irlande. L’intégration de ces deux États dans l’Union européenne a rendu cette frontière quasiment virtuelle. Les échanges entre l’Ulster et la République d’Irlande sont nombreux et variés. Le rétablissement d’une séparation physique entre ces deux entités est un véritable casse-tête qui risque d’avoir nombre de conséquences négatives. À ce stade, la « question irlandaise » est encore loin d’être réglée.

Marie-Claire CONSIDERE - CHARON
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Laurence NARDON, « États-Unis, le pays du carnage », Politique étrangère, Articles, Ifri, 20 juin 2020.
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États-Unis, le pays du carnage