Faut-il créer une agence de renseignement européenne ?
Après chaque attentat majeur sur le sol européen, des voix s’élèvent pour demander la création d’une agence européenne de renseignement. Pourtant, la coopération entre services de renseignement des États-membres de l’Union européenne fonctionne bien. La création d’une telle agence induirait plus d’inconvénients que d’avantages. En l’état actuel de la construction européenne, la communautarisation du renseignement ne saurait être un gage de protection supplémentaire pour les citoyens européens.
Après avoir annoncé, lors de son discours de la Sorbonne en septembre 2017, la création d’une Académie européenne du renseignement, le président de la République Emmanuel Macron a inauguré en mars 2019 le Collège européen du renseignement, étape « décisive » dans la construction d’une « culture commune » face à des menaces imprévisibles. Cette nouvelle institution aura pour mission de sensibiliser les décideurs aux enjeux du renseignement, de faciliter le partage des expériences professionnelles et des savoir-faire, et de favoriser une réflexion stratégique via des échanges avec des chercheurs et des universitaires extérieurs.
On reste donc bien loin de la création d’une agence européenne de renseignement intérieur. Pourtant les partisans du transfert à l’Union européenne (UE) de compétences encore étatiques la réclament régulièrement, estimant qu’elle représenterait un surcroît de sécurité pour les Européens. L’UE a l’habitude des aventures institutionnelles : elle a créé une monnaie unique sans politique économique commune, un espace de liberté de circulation interne (Schengen) sans contrôle sérieux aux frontières, un mandat d’arrêt européen sans procureur… Chaque attentat majeur sur le sol européen fait ressurgir le débat sur l’opportunité de créer une agence de sécurité européenne, dans l’idée d’une intégration toujours plus poussée. Cependant, les spécialistes de l’antiterrorisme ont tout fait pour empêcher la création d’une telle agence alors qu’ils n’ont pas entravé la création du nouveau Collège.
On peut se demander si les revendications des « europhiles » sont dictées par le souci de l’efficacité, si les réserves des « eurosceptiques » s’ancrent véritablement dans un souverainisme suranné et si l’Union ne peut représenter une authentique valeur ajoutée opérationnelle pour la sécurité des citoyens européens. […]
PLAN
- L’appétit européen pour le renseignement de sécurité
- Une analyse partielle et partiale
- Des enjeux politiques - Des États hésitant entre discrétion et argumentation
- L’organisation de la coopération
- L’Union européenne face à la réalité - Les écueils d’une agence de renseignement communautaire
- Une vraie valeur ajoutée européenne
- L’amélioration des instruments existants
- La création d’instruments favorables aux États
Eric Mechoulan, agrégé et docteur en histoire, a été responsable de l’analyse stratégique et des questions de prospective au ministère de l’Intérieur de 2014 à 2018 après avoir occupé d’autres fonctions aux ministères de l’Intérieur et de la Défense. Il est aujourd’hui chargé de mission auprès de la Secrétaire générale des ministères de l'Éducation nationale et de la Recherche.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Faut-il créer une agence de renseignement européenne ?
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLes petits pays insulaires du Pacifique face aux changements climatiques
Les petits États insulaires du Pacifique sont plus grands qu’il n’y paraît : l’espace maritime de la Mélanésie, de la Micronésie et de la Polynésie représente 40 millions de km2. Or, la biodiversité de l’océan est affectée par le réchauffement climatique et la montée des eaux menace les habitants de certaines îles. Les territoires du Pacifique, en dépit de leur hétérogénéité, ont réussi à s’unir pour tenter de faire entendre leur voix dans différentes instances diplomatiques.
L’Indo-Pacifique aux couleurs de la Chine
La montée en puissance économique de la Chine l’installe dans une géographie stratégique nouvelle, du Pacifique à l’Afrique et au Moyen-Orient, ce que traduit sa grande stratégie dite Belt and Road Initiative. Le concept d’Indo-Pacifique, officiellement rejeté par Pékin, tente d’intégrer l’extension de la puissance chinoise dans un cadre multilatéral, qui ferait à sa puissance toute sa place, tout en ménageant les intérêts et les capacités de décision de tous les acteurs de la région.
La stratégie indopacifique de l’administration Trump : une difficile émergence
L’administration Trump a initié une nouvelle stratégie pour l’Indo-Pacifique. Cette stratégie vise avant tout à endiguer l’expansion chinoise, en développant le partenariat avec l’Inde et les coopérations en Asie du Sud-Est. Mais cette posture renforce un jeu à somme nulle qui incite les partenaires de Washington à la prudence. La capacité des États-Unis à proposer une alternative à Pékin s’érode tandis que les États de cette région cherchent à affirmer leur autonomie stratégique.
La France et le concept d’Indo-Pacifique
Depuis 2018, les autorités françaises emploient le concept d’« Indo-Pacifique » à la place de celui d’« Asie-Pacifique ». Cette évolution sémantique traduit un changement de politique et même de vision du monde. L’Asie est désormais placée au cœur des préoccupations françaises et un accent particulier est mis sur les océans. Les îles – y compris les collectivités territoriales françaises – acquièrent une importance nouvelle. La France s’affirme comme une puissance maritime et insulaire.