Guerre d'Ukraine : un embarras pour Pékin
Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pékin adopte une neutralité de façade mais soutient en réalité Moscou. Les dirigeants chinois et russes louent la solidité des liens entre leurs pays. Cependant, la Russie est en train de se placer dans une situation de dépendance à l'égard de la Chine. Au-delà des discours, Pékin refuse de s'engager dans le conflit ukrainien et fait preuve de retenue. Cette prudence s'explique notamment par la fragilisation de la position internationale de la Chine.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Chine suscite autant d’espoir que de crainte, par l’influence qu’elle pourrait avoir si elle décidait de peser réellement dans le conflit, en faveur d’un soutien actif à la Russie ou d’un cessez-le-feu. Près de six mois après le début des hostilités, force est de constater que la république populaire de Chine (RPC) reste au second plan, conservant un discours ambigu et empreint de contradictions. Les ressorts de ce discours doivent être décryptés pour éclairer la réalité de son positionnement derrière les déclarations diplomatiques. Il faut également appréhender les conséquences de la guerre pour Pékin à ce stade du conflit, en particulier sur le risque d’offensive contre Taïwan. Enfin, la guerre relance avec une acuité nouvelle le débat sur la nature du partenariat sino-russe.
Une neutralité de façade : décryptage du discours chinois
Depuis l’invasion de l’Ukraine, la Chine affirme tenir une position neutre dans le conflit et jouer un rôle constructif. Pékin a, dès les premiers jours, appelé « toutes les parties à exercer de la retenue et réduire les tensions à travers le dialogue, la consultation et la négociation ». Pour autant, ce discours de neutralité cache un soutien tacite à Vladimir Poutine. Le pouvoir chinois refuse d’utiliser le terme d’« invasion » ou d’« agression », et préfère l’expression officielle du Kremlin d’« opération militaire spéciale ». Bien qu’il continue de reconnaître que « l’Ukraine est bien sûr un pays souverain », il nuance : « la question de l’Ukraine a un contexte historique spécial et [comprend] les préoccupations de sécurité légitimes de la Russie ».
De plus, alors que le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est entretenu par téléphone avec son homologue ukrainien Dmytro Kuleba à deux occasions seulement depuis le début du conflit (le 1er mars et le 4 avril), il a échangé à plusieurs reprises avec Sergueï Lavrov, y compris lors de deux rencontres directes, en Chine en mars et en Indonésie en juillet en marge du G20. Le président Xi Jinping, quant à lui, n’a eu aucun contact avec le président ukrainien Zelenski, alors qu’il a échangé deux fois avec Vladimir Poutine, notamment lors d’un appel de ce dernier le jour de l’anniversaire de Xi, le 15 juin. Si Pékin se révèle faussement neutre entre la Russie et l’Ukraine, sa position sur la responsabilité du conflit est en revanche très claire. […]
PLAN
- Une neutralité de façade : décryptage du discours chinois
- Les raisons de l’inaction
- La fragilisation de la position internationale de la Chine
- Après l’Ukraine, Taïwan ?
- L’« amitié sans limite » sino-russe, un écran de fumée ?
Marc Julienne est chercheur, responsable des activités Chine au Centre Asie de l'Ifri.
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