La Chine en Europe centrale et orientale : la fin du mirage ?
Après la création en 2012 du forum 16+1 entre la Chine et les pays d’Europe centrale et orientale, et l’enthousiasme initial, les pays d’Europe concernés ont apprécié de manières diverses la coopération avec Pékin. Ce qui domine aujourd’hui est une certaine désillusion, qui se traduit par un niveau médiocre d’investissement chinois, l’usure formelle du forum et une méfiance croissante vis-à-vis d’une Chine qui échoue à convaincre de sa neutralité face à la guerre en Ukraine.
Créée en 2012, l’association des 16 pays d’Europe centrale et de la Chine, à laquelle la Grèce s’est jointe en 2019, a suscité de vives craintes après le lancement en 2013 de la Belt and Road Initiative (BRI). Le rapprochement de Pékin avec les pays d’Europe centrale et orientale (PECO) risquait de faire d’eux des chevaux de Troie de l’influence chinoise dans l’Union européenne (UE). Au départ, les 16 PECO voient dans cette initiative, dite « 16+1 », un intérêt économique et politique : accroître leurs exportations vers le marché chinois ; attirer les investissements chinois ; jeter les bases d’une coopération durable avec la Chine ; et, pour certains, utiliser cette coopération comme levier politique dans leurs relations avec l’UE et la Russie.
Après l’enthousiasme initial, l’appréciation de la coopération 17+1 a pourtant varié : du maintien officiel de cet enthousiasme en Hongrie, à une réévaluation critique en Pologne, en République tchèque ou en Roumanie, jusqu’à la rupture, avec le départ de la Lituanie en 2021. Comment est-on passé de l’a priori favorable à la désillusion ? Et avec quelles perspectives dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?
L’enthousiasme initial
Un espoir de relance économique avec l’aide d’investissements chinois
En avril 2012, le Premier ministre chinois Wen Jiabao rencontrait ses homologues à Varsovie pour créer le groupe 16+1, rassemblant la Chine et les PECO – dont 11 membres de l’UE –, sauf le Kosovo non reconnu par la Chine. La Grèce a ensuite rejoint le regroupement en 2019. Wen promettait alors des investissements, le développement des infrastructures et des échanges commerciaux bénéficiant aux économies, promesses répétées à grand renfort de présence dans les médias [2]. Les attentes étaient élevées de la part de nombre de PECO : en se raccrochant à une Chine porteuse de croissance économique, puis à la BRI, les retombées devaient être conséquentes sur la croissance, au-delà du prestige des relations privilégiées avec un nouvel acteur mondial [3]. Les PECO pouvaient ainsi imaginer devenir un hub du réseau logistique eurasiatique développé par la Chine. [...]
PLAN
- L’enthousiasme initial
- Un espoir de relance économique avec l’aide d’investissements chinois
- Un contrepoids à l’influence russe
- Un moyen de pression sur l’UE - Des déconvenues économiques
- Faiblesse des exportations vers la Chine
- Peu d’investissements, en dépit des promesses - Des divergences politiques et stratégiques
- Des divergences idéologiques qui pèsent suite aux réactions de Pékin
- Privilégier ses amis proches…
- Une opinion publique plus réfractaire
- La désintégration du format 17+1 - Le poids de la guerre en Ukraine
- Les premières réactions et leurs conséquences
- L’échec du business as usual ?
Olga V. Alexeeva est professeure d’histoire de la Chine à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
Frédéric Lasserre est professeur au département de géographie de l’Université Laval (Québec), et directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques.
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