La dette publique du Japon : genèse et soutenabilité
L'endettement public du Japon a été multiplié par cinq depuis 1980 et dépasse les 250 % du produit intérieur brut. Ce niveau est nettement supérieur à celui de tous les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Toutefois, la baisse des taux a permis de diviser par deux la charge du service de la dette. Pour l'heure, la dette japonaise – qui est essentiellement domestique – paraît soutenable et ne semble pas faire courir de risque imminent à l'économie de l'archipel.
Le 8 juillet 1853, les quatre navires battant pavillon américain du commodore Matthew Perry entrent en baie d’Edo pour porter un message d’amitié à l’empereur du Japon. Ce message s’avère en réalité être une sommation d’ouvrir les ports japonais aux échanges commerciaux.
Depuis 1603 le pays vit, en effet, sous le pouvoir du shogunat Tokugawa, l’empereur ne conservant qu’un rôle représentatif. À l’instar de la Chine, le Japon a complètement fermé ses ports aux navires étrangers, excepté sur l’île de Dejima où subsistent quelques commerçants hollandais et chinois.
À peine cinquante-deux ans plus tard, les 27 et 28 mai 1905, l’empire du Soleil-Levant écrase la marine russe à Tsushima. Outre son émergence comme grande puissance rivale des pays occidentaux, l’empire démontre ainsi la force de son industrie et la vigueur de son expansion économique.
Le développement du Japon depuis l’ère Meiji
Dès 1858, le Japon doit signer les « traités inégaux » qui forcent l’ouverture de son commerce à la concurrence et l’obligent à ouvrir les ports de Nagasaki, Shimoda et Hakodate. Dix ans plus tard s’ouvre l’ère Meiji, qui correspond à la restauration du pouvoir impérial et se caractérise, dès le départ, par un modèle économique original et empreint de vitalité.
Devant l’ampleur du retard du pays et pour accélérer son développement, l’empire se donne trois objectifs : l’acquisition de technologies modernes, le renforcement de l’éducation et l’incitation à épargner afin de créer un environnement économique favorable aux grandes sociétés de commerce, les sogo shosha, et aux conglomérats, les zaibatsu.
L’école obligatoire est instaurée en 1879. Alors qu’au début de l’ère Meiji, seuls 43 % des hommes et 10 % des femmes ont déjà suivi des cours à l’école, dès 1902 le taux de scolarisation des enfants s’établit à 90 %. Entre 1868 et 1902, 11 000 visas sont délivrés à des étudiants japonais pour suivre des cursus à l’étranger, dont la moitié aux États-Unis.
En ce qui concerne le système bancaire, l’ordonnance de 1872 vise à créer une organisation des instituts de crédit à l’image des États-Unis : les banques nationales sont habilitées à créer de la monnaie et à collecter l’épargne, notamment les titres de pension accordés aux anciens féodaux en compensation de l’abolition de leurs droits seigneuriaux. En 1882, avec la création de la Banque du Japon, les autorités marquent leur volonté de centraliser l’émission de la monnaie. [...]
PLAN
- Le développement du Japon depuis l’ère Meiji
- De la drôle de crise à la drôle de dette
- Le creusement d’une dette majoritairement domestique
- L’impact des politiques monétaires et de l’intervention de la Banque du Japon
- La dette japonaise : une dette viable ?
Quentin Simon est diplômé de l'Institut supérieur du management public et politique, ainsi que de l'université Paris-2 Panthéon-Assas en histoire et en sociologie du droit.
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