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La Géorgie et son occupation

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Politique étrangère, vol. 86, n° 3, automne 2021
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Les élites géorgiennes voient la Russie comme un ennemi qui, depuis la guerre de 2008, occupe une partie de leur pays. Pour faire face à cette menace, elles cherchent à renforcer sans cesse l’ancrage euro-atlantique de la Géorgie. La rationalité de cette posture victimaire mérite néanmoins d’être questionnée. Le pays gagnerait sans doute à développer une relation plus apaisée avec Moscou, tout en conservant des liens forts avec l’Occident.

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Tout voyageur arrivant en Géorgie apprendra rapidement que 20 % du territoire géorgien est occupé par une puissance ennemie et colonisatrice : la Russie. Cette affirmation, relayée par tous les partis politiques, est devenue un slogan que l’on peut lire jusque sur des vêtements ou des bouteilles de vin. Il s’agit, à l’évidence, d’un de ces mots d’ordre qui constituent l’armature morale d’une nation. Son caractère sacré se reconnaît d’ailleurs à l’accusation de blasphème à laquelle s’exposent ceux qui s’en écartent.


Ainsi, lorsque la présidente Salomé Zourabichvili eut la malencontreuse idée de rappeler que son prédécesseur Mikheïl Saakachvili avait déclenché la calamiteuse guerre de 2008, la levée de boucliers fut générale, majorité et opposition confondues. Or Tskhinvali, la capitale de la province sécessionniste d’Ossétie du Sud, a été bombardée dans la nuit du 7 au 8 août 2008 par l’armée géorgienne, et celle-ci est entrée sur ce territoire au matin du 8 août pour y attaquer la milice sud-ossète ainsi que les Forces de maintien de la paix à dominante russe. Il est tout aussi avéré que de nombreux accrochages avaient précédé cette offensive, que les forces russes s’étaient préparées à la guerre et que Mikheïl Saakachvili, par calcul ou par présomption, s’est précipité dans un piège qui lui était tendu. Il est remarquable que ce récit équilibré ait été jugé scandaleux et non conforme à la position officielle du pays, qui soutient que la Géorgie a été agressée par la Russie.


La Russie, un étrange ennemi


Il existe un consensus, du moins dans « la Géorgie d’en haut » – c’est beaucoup moins vrai dans les classes populaires et les campagnes –, pour désigner la Russie comme l’ennemi. Pourtant, les apparences disent le contraire : après pas loin de deux décennies d’une politique d’éradication de la langue russe au profit de l’anglais, on entend toujours parler russe dans les rues de Tbilissi. Ces locuteurs peuvent être des touristes russes, mais aussi des Arméniens restés en Géorgie pour qui le russe demeure la lingua franca, ou même des Géorgiens de plus de quarante ans qui lisent en russe, regardent la télévision russe et pour qui la Russie demeure une grande référence culturelle.


Entre 600 000 et un million de Géorgiens vivent en Russie. Ils y ont souvent des positions importantes, investissent en Géorgie et l’argent qu’ils envoient à leurs familles est l’une des plus grandes ressources du pays. Quand, pour punir les autorités géorgiennes de leur agressivité anti-russe, le Kremlin mit en garde les voyageurs russes contre les menaces qui pèseraient sur leur sécurité en Géorgie, les Géorgiens réagirent avec indignation à ce mensonge qui mettait en péril leur industrie touristique. […]


PLAN

  • La Russie, un étrange ennemi
  • Le territoire amputé
  • Cap à l’ouest ?


Gilles Carasso est ancien directeur de l’Institut français de Géorgie.

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La Géorgie et son occupation

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Irak, le laboratoire permanent

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Si l’on s’en tient à l’adage anesthésiant qui voudrait que les peuples heureux n’aient pas d’histoire, les Irakiens partent d’emblée avec un lourd handicap. Ils forment en effet un peuple saturé d’histoire(s), depuis que la Mésopotamie a tenu lieu de décor aux premières sociétés humaines sophistiquées. La temporalité politique s’y affole, en outre, depuis 15 ans ; les velléités américaines de changer le destin du Moyen-Orient tout entier à partir de l’Irak ayant transformé le pays en laboratoire d’observation in vivo des transitions politiques et des recompositions sociales et communautaires (ethniques, religieuses) du monde arabe. Laboratoire déserté par ses laborantins, et où le protocole expérimental ne tient plus.

Dorothée SCHMID Loulouwa AL-RACHID
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Liban : entre clientélisme régional et carcan national

Date de publication
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En novembre 2017, les dirigeants saoudiens forcent le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à démissionner. Ils commettent ainsi une erreur d’appréciation aux conséquences importantes. Si Riyad espère une mise à l’écart politique du Hezbollah chiite par la communauté sunnite, ces agissements ont été dénoncés par la majorité des Libanais, toutes confessions confondues. Une retombée de cette action pourrait être le renforcement des courants pro-iraniens aux élections législatives de mai 2018.

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Pologne/Allemagne : quelle coopération dans une Europe « à deux vitesses » ?

Date de publication
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Les relations entre la Pologne et l’Allemagne, dégradées depuis octobre 2015, ont pris un nouveau départ au début de l’année 2017. Le pragmatisme d’Angela Merkel, et de nombreux contacts avec les dirigeants polonais, ont permis de renouer le dialogue. Toutefois, les différends persistent et affectent les relations entre les deux pays. En Pologne, la nomination d’un nouveau Premier ministre et le remaniement du gouvernement pourraient avoir pour objectif d’apaiser la situation.

Dorota RICHARD
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Comment réduire la durée des interventions militaires ? Le concept de bridging operation

Date de publication
20 mars 2018
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Au cours des deux dernières décennies, les armées françaises sont intervenues à de multiples reprises pour tenter de rétablir la stabilité dans des pays en crise. Certaines de ces opérations de stabilisation ont duré plus de dix ans. Le concept de bridging operation a émergé pour tenter de réduire la durée et le coût de telles interventions. L’objectif est de créer rapidement les conditions permettant de transmettre le relais à une force multinationale.

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Gilles CARASSO, « La Géorgie et son occupation », Politique étrangère, Articles, Ifri, 22 septembre 2021.
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