La stabilisation du Sahel, nouveau rocher de Sisyphe ?
Le Sahel est traversé par des crises multiples qui peuvent avoir un impact au-delà de cette zone. Toutefois, la situation n’est pas désespérée. Certains pays et régions résistent mieux que d’autres face à la dégradation de l’environnement sécuritaire. La communauté internationale a un rôle important à jouer pour aider les acteurs locaux à lutter contre des maux variés : pauvreté, corruption, désertification, terrorisme, etc. L’aide internationale doit être pérenne et mieux coordonnée.
Si l’ensemble des analystes s’accorde sur le fait que le Sahel est un espace compris entre le désert saharien et le domaine soudanien, sa délimitation géographique exacte peut prêter à de nombreux débats. La définition géographique retenue ici est celle du G5 Sahel, qui inclut cinq pays : la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. 80 millions d’habitants vivent dans cette zone de l’Afrique de l’Ouest, d’une surface totale de 5 millions de km2, équivalente à la superficie de l’Europe de l’Ouest.
Même si la couverture médiatique du Sahel s’est sensiblement accrue ces dernières années, en lien avec les actions violentes des groupes terroristes et la crainte de mouvements migratoires croissants – souvent originaires de pays côtiers ou de l’est de l’Afrique, mais transitant par le Sahel pour atteindre la Libye et la Méditerranée –, les problèmes auxquels la région fait face sont nombreux et anciens. À titre d’exemple, on peut citer, entre autres, les grandes sécheresses de 1974 et 1985, les famines qui en ont été le corollaire, les multiples rébellions touarègues de 1963, 1991 et 2006, au Mali ou au Niger, la guerre de 1985 entre le Mali et le Burkina Faso autour de la bande d’Agacher, ou encore le conflit tchado-libyen pour le contrôle de la bande d’Aozou de 1978 à 1987.
Le Sahel n’en reste pas moins actuellement traversé par ce que l’on pourrait qualifier de « trappe de conflictualité », avec d’une part un mouvement terroriste implanté au Mali, qui tente désormais d’étendre son action au Niger et au Burkina Faso, et d’autre part un foyer au Nord-Est du Nigeria, là où s’est installé Boko Haram, dont la menace déborde également sur les pays voisins, en particulier dans la région du lac Tchad. Les causes déstabilisatrices de cette crise sahélienne contemporaine combinent des facteurs exogènes et endogènes.
Les facteurs exogènes de la crise sahélienne
Le premier facteur exogène a trait aux conséquences de la « décennie noire » ouverte en Algérie au début des années 1990. Au cours de cette période, les affrontements ont été violents entre militaires et terroristes algériens, enrôlés sous la bannière du Groupe islamique armé (GIA). Au début des années 2000, de nombreux terroristes algériens, à l’instar du célèbre Mokhtar Belmokhtar, trouvent refuge dans le Nord-Mali et y développent le kidnapping fructueux de ressortissants occidentaux. En 2007, ils forment le noyau dur d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). […]
PLAN
- Les facteurs exogènes de la crise sahélienne
- Les facteurs endogènes de la crise sahélienne
- Le Sahel : enjeux et risques
- Comme résoudre la crise sahélienne ?
- L’harmonisation des approches bilatérales et multilatérales
Jean-Marc Châtaigner est ambassadeur, envoyé spécial pour le Sahel.
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