La stratégie indopacifique de l’administration Trump : une difficile émergence
L’administration Trump a initié une nouvelle stratégie pour l’Indo-Pacifique. Cette stratégie vise avant tout à endiguer l’expansion chinoise, en développant le partenariat avec l’Inde et les coopérations en Asie du Sud-Est. Mais cette posture renforce un jeu à somme nulle qui incite les partenaires de Washington à la prudence. La capacité des États-Unis à proposer une alternative à Pékin s’érode tandis que les États de cette région cherchent à affirmer leur autonomie stratégique.
Si les premières années de l’administration Trump ont été marquées par la remise en cause de nombre d’engagements internationaux pris par Barack Obama – accord de Paris sur le climat, accord nucléaire de 2015 avec l’Iran, traité de libre-échange Trans-Pacifique… –, la nouvelle équipe de la Maison-Blanche s’est aussi efforcée d’articuler sa propre vision de politique étrangère, qui pourrait s’apparenter à une « doctrine Trump ». L’émergence et le développement d’une « stratégie indopacifique » atteste de la volonté d’ouvrir un nouveau chapitre dans la politique asiatique de Washington.
Selon les documents de l’équipe Trump, la zone dite de l’Indo-Pacifique recouvre un espace géopolitique qui s’étend des rivages indiens à la côte ouest des États-Unis. Une partie de la stratégie américaine pour cette zone reste classifiée, et sa mise en œuvre est encore embryonnaire. Il est toutefois possible d’identifier, dans les discours et les premières mesures de l’administration, les axes d’effort privilégiés – l’endiguement de l’expansion chinoise via le renforcement du partenariat avec l’Inde et des coopérations en Asie du Sud-Est –, ainsi que les problématiques qui en découlent – un décalage entre la représentation de l’Indo-Pacifique depuis Washington et les dynamiques locales, ou encore l’insuffisance des moyens dévolus à cette stratégie. En indexant sa politique indopacifique sur la compétition sino-américaine, l’administration Trump confirme un jeu à somme nulle qui s’avère incertain pour les partenariats de Washington dans la région.
Une extension de la posture asiatique des prédécesseurs de Trump
Le 18 octobre 2017, Rex Tillerson, alors secrétaire d’État, prononce un discours au Center for Strategic and International Studies, dans lequel il affirme la volonté de promouvoir une zone « indopacifique libre et ouverte » – formule qui devient le leitmotiv de toute l’administration Trump. Tillerson cible explicitement la politique chinoise, à la fois pour ses démonstrations de forces militaires et son « économie prédatrice » avec les pays de la région.
Un mois plus tard, lors d’une tournée en Asie, le président précise les contours de la conception américaine. Lors d’un sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) au Vietnam, Trump évoque son « rêve indopacifique ». Il répète les qualificatifs de « libre et ouverte » et décrit « un lieu où les nations souveraines et indépendantes, comprenant des cultures diverses et de nombreux rêves, peuvent prospérer côte à côte, et se développer dans la paix ». […]
PLAN
- Une extension de la posture asiatique des prédécesseurs de Trump
- Washington-Delhi : un axe incertain
- Des dynamiques locales qui échappent au contrôle de Washington
- L’insuffisance des moyens dévolus à la stratégie
Jean-Loup Samaan docteur en science politique de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est Associate professor en études stratégiques au Collège de défense national des Émirats arabes unis.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La stratégie indopacifique de l’administration Trump : une difficile émergence
L’Italie entre déclin industriel et impuissance politique
L’Italie fait face à une crise économique profonde. Malgré l’application de mesures d’austérité recommandées par les autorités européennes, la croissance est en berne et le chômage progresse. Les privatisations ont eu pour effet de faire passer des fleurons de l’industrie sous pavillon étranger. L’État ne joue plus son rôle de régulateur et ne parvient à endiguer ni la corruption ni la fraude fiscale. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle se double d’une crise politique.
Brexit : une certaine idée de l’Europe
Le résultat du référendum de juin 2016 relève d’explications connues, touchant à l’évolution de la société britannique et à ses débats politiques particuliers. Il renvoie surtout à une divergence fondamentale sur la nature et l’objectif de la construction européenne. Le Royaume-Uni n’a pas été le mauvais élève de la classe européenne trop souvent décrit. Mais son héritage et sa culture lui font préférer l’idée d’une Europe où la souveraineté resterait le privilège des États.
Conflits locaux : le mal insidieux de l’Afrique
Les conflits locaux, de plus en plus nombreux et dévastateurs en Afrique, ne sont le plus souvent analysés par les acteurs internationaux qu’à travers le prisme des conflits ou des déstabilisations d’États. Leur nature complexe, le mélange qu’ils opèrent entre traditions et modernité, leurs rapports aux niveaux national et international doivent faire l’objet d’approches nouvelles, à la fois stratégiques et ponctuelles. Des approches qui doivent intégrer les dimensions militaires et civiles.
État islamique : l’autre menace
L’État islamique est aujourd’hui en recul en Irak et en Syrie. Il a cependant suscité l’adhésion de multiples branches et soutiens dans de nombreux pays. Inégaux dans leurs moyens, ces groupes représentent un nouveau défi dans un contexte international incertain, défi qui pourrait s’aggraver avec le recul de l’EI au Proche-Orient et le retour dans leurs pays des djihadistes. Les régions d’Asie du Sud et du Sud-Est pourraient être particulièrement concernées.