La stratégie régionale de l’Iran : entre Realpolitik et révolution
L’Iran est engagé dans différents conflits régionaux. L’influence de Téhéran est de plus en plus contestée par des mouvements nationalistes, comme l’illustrent les manifestations anti-iraniennes en Irak. La population iranienne est elle aussi de plus en plus critique à l’égard de la stratégie régionale de ses dirigeants. Ces derniers sont d’ailleurs divisés : le président Rohani fait figure de pragmatique, tandis que le Guide suprême cherche avant tout à préserver l’héritage de la révolution islamique.
La politique régionale de la République islamique d’Iran pose la question du nationalisme iranien à l’intérieur et à l’extérieur des frontières nationales, dans des zones où Téhéran cherche à exercer une influence idéologique, sécuritaire et économique.
Si la Révolution de 1979 a bien eu pour conséquence d’encourager les élites politiques des États du Moyen-Orient à instrumentaliser les questions confessionnelles pour définir leurs identités nationales, force est de constater que, quatre décennies plus tard, l’influence régionale de la République islamique a désormais pour effet non désiré de provoquer une réaction nationaliste populaire notamment en Irak et en Afghanistan. Cet affaiblissement du soft power iranien s’explique en premier lieu par l’incapacité de l’Iran à proposer un modèle alternatif positif de développement socio-économique, et de gouvernance technocratique fondée sur la transparence.
L’influence idéologique de la République islamique s’est nourrie depuis les guerres d’Afghanistan (2001) et d’Irak (2003) de deux facteurs principaux. Tout d’abord, la montée en puissance de l’anti-américanisme, dans des pays où la présence militaire américaine contribuait à délégitimer les forces politiques alliées à Washington. Puis, en Irak, la marginalisation dans le champ politique national post-2003 du nationalisme séculier irakien, et la promotion par les partis irakiens d’identités se fondant sur l’ethno-confessionnalité. Ces deux facteurs ont favorisé le développement de l’influence idéologique, sécuritaire et économique iranienne. Ainsi, certains Irakiens perçoivent-ils l’Iran non comme une nation voisine, ou une entité géographique distincte, mais comme une Révolution islamique traversant les frontières étatiques. À compter des années 2018 et 2019, la stratégie iranienne atteint néanmoins ses limites, avec des mouvements sociaux qui dénoncent publiquement « l’ingérence iranienne » en Irak.
Sur un plan interne, on relève également un affaiblissement idéologique de la Révolution islamique, et une contestation populaire de plus en plus étendue de la politique régionale de la République islamique. Ce mécontentement d’une partie significative de l’opinion publique iranienne signe l’échec de la propagande de la République islamique, qui présente sa stratégie régionale comme part intégrante d’une stratégie militaire de défense visant à délocaliser les conflits entre l’Iran et ses rivaux vers l’extérieur du territoire iranien. […]
PLAN
- Les ambitions stratégiques de l’Iran : le rôle de l’idéologie et des institutions
- L’Iran et les conflits régionaux
Clément Therme est chercheur post-doctorant au sein de l’équipe Savoirs nucléaires du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po. Il est aussi membre associé du Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (CETOBAC) à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et enseigne à la Paris School of International Affairs (PSIA).
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La stratégie régionale de l’Iran : entre Realpolitik et révolution
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