Le marché pétrolier à un tournant
Les cours du pétrole sont repartis à la hausse depuis 2016, sous l’effet de facteurs conjoncturels comme la dégradation de la situation politique au Venezuela ou le renouveau des sanctions contre l’Iran. La hausse des cours favorise l’exploitation des pétroles de schiste, ce qui a permis aux États-Unis de devenir le premier producteur mondial de brut. Le peak oil ne résultera pas de l’épuisement des réserves mais d’une baisse de la demande liée au développement des énergies alternatives.
Un vent de soulagement souffle sur les pays producteurs de pétrole après la remontée progressive des prix du baril à 75 dollars en juillet 2018, bien loin des niveaux de 30 dollars de janvier 2016 qui ont asphyxié ces économies et plongé certains pays dans des crises sociales profondes. Sur le court terme, la production des barils provenant des pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) reste contrainte par des facteurs géopolitiques, et la croissance de la demande de brut est repartie à la hausse, stimulée par une reprise de l’activité économique mondiale. Malgré cette embellie des prix, les producteurs de pétrole ne peuvent pas envisager l’avenir sereinement, tant les politiques de transition énergétique sont à terme susceptibles de mettre en péril la durabilité de leurs revenus, et doivent les inciter à s’adapter. Comme le disait Charles Darwin, « les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements ».
À court terme, une évolution incertaine des marchés
Près de deux ans après le début de l’effondrement des cours du brut, et à l’issue d’âpres négociations, 24 États producteurs membres et non-membres de l’OPEP (OPEP+), l’Arabie Saoudite et la Russie en chefs de file, avaient fini en décembre 2016 par s’entendre sur une décision de baisse de leur production de brut (1,8 million de barils par jour). Cette décision a été reconduite à plusieurs reprises depuis. L’excédent d’offre sur le marché pétrolier, provoqué essentiellement par l’essor des pétroles de schiste américains et une croissance moindre de la demande de brut, a fini par se résorber et les stocks commerciaux des pays de l’OCDE sont tombés à leur niveau le plus bas de ces trois dernières années.
Une production contrainte dans plusieurs pays membres de l’OPEP
Saluant la hausse des cours et se réjouissant du succès de leur coopération, les ministres de ces États pétroliers ont décidé le 23 juin 2018, lors d’une réunion à Vienne, de revoir leurs objectifs de production légèrement à la hausse, et de remettre sur le marché l’équivalent d’un million de barils supplémentaires par jour d’or noir. […]
PLAN
- À court terme, une évolution incertaine des marchés
- Une production contrainte dans plusieurs pays membres de l’OPEP
- La hausse des cours du brut est très favorable à la production de schistes américains
- Le marché pétrolier à la merci de facteurs politiques
- La croissance de la demande pétrolière est-elle durable ? - Quel avenir pour le pétrole dans un monde sobre en carbone ?
- Vers une substitution progressive du pétrole ?
- Les stratégies d’adaptation des compagnies pétrolières internationales
- Le double défi des pays producteurs de pétrole : diversifications énergétique et économique
Marie-Claire Aoun enseigne à l’université Paris-Dauphine. Elle a été directrice du Centre Énergie de l’Ifri et est depuis août 2017 responsable du département des relations institutionnelles de Teréga, opérateur d’infrastructures gazières en France.
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Le marché pétrolier à un tournant
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