Le nucléaire militaire français dans un nouveau contexte stratégique
La population et les dirigeants français sont fermement attachés à la dissuasion nucléaire, même si des voix dissonantes se font occasionnellement entendre. Le contexte stratégique est toutefois en train d’évoluer et pourrait affecter la posture stratégique française. Entre les rodomontades de Vladimir Poutine, l’imprévisibilité de Donald Trump, et les difficultés propres à l’Europe – notamment le Brexit – les incertitudes sont aujourd’hui nombreuses et laissent ouvert le champ des possibles.
En Europe, la France est, avec la Grande-Bretagne, l’un des deux pays possédant l’arme nucléaire et a développé une véritable pensée stratégique dans ce domaine. Le débat y est classiquement articulé entre partisans et opposants, selon un clivage ancien qui n’a pas beaucoup évolué. Régulièrement, les opposants publient une tribune ou se saisissent d’un événement de l’actualité internationale pour faire valoir leur inquiétude. Ce fut par exemple le cas en janvier 2018, alors que des scientifiques américains avançaient « l’horloge de la fin du monde » d’une demi-heure en direction de l’apocalypse. De l’autre côté, les partisans de l’arme nucléaire publient fréquemment ouvrages et analyses. La France est d’ailleurs probablement le pays d’Europe qui produit le plus de documents de conception stratégique, confirmant le plus souvent les thèses existantes, et entérinant de petites avancées pour tenir compte des évolutions techniques, géopolitiques ou simplement politiques.
Le débat paraît très encadré, presque immuable, d’autant que l’arme nucléaire bénéficie d’un solide soutien dans l’opinion publique. Le principe de la dissuasion nucléaire fait consensus à travers un large spectre politique. Les présidents de la République successifs – toutes tendances confondues – y ont rappelé leur attachement. Les seuls sujets de débat sont les budgets à consacrer à la dissuasion et aux modalités de sa mise en œuvre. Par exemple, lors de l’élection présidentielle de 2012, d’aucuns militèrent pour l’abandon de la deuxième composante, espérant une redistribution budgétaire. Le débat fut tranché par François Hollande. Emmanuel Macron, quant à lui, se réclame d’une stricte orthodoxie en la matière ce qu’illustre le projet de Loi de programmation militaire.
Plusieurs raisons, toutes extérieures à la France, laissent penser que le débat pourrait bientôt évoluer. Elles renvoient d’abord au renouveau de la question nucléaire, en périphérie de l’Europe (Russie), au Moyen-Orient (Iran), en Extrême-Orient (Corée) ou même aux États-Unis (nouvel Examen de posture nucléaire). Elles tiennent également à plusieurs initiatives comme le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) voté à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), ou à l’attribution du prix Nobel de la Paix à la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN). Elles découlent, enfin, des incertitudes générées par les récentes évolutions en Europe, du Brexit à l’apparition d’un débat stratégique nucléaire en Allemagne. […]
PLAN
- L’orthodoxie nucléaire du président Macron
- Le renouveau des tensions nucléaires
- Succès de la campagne antinucléaire
- Évolutions britanniques
- La naissance d’une question allemande ?
- Un dispositif solide face à des risques encore ténus
Olivier Kempf, général (2S), est docteur en science politique. Il dirige la lettre d’analyse stratégique La Vigie et a publié L’OTAN au XXIe siècle : la transformation d’un héritage, Monaco, Éditions du Rocher, 2014.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Le nucléaire militaire français dans un nouveau contexte stratégique
Crise de l’Union européenne ou crises de la démocratie ?
Les institutions européennes sont régulièrement mises en cause pour leur déficit démocratique. Pourtant, depuis les années 1990, les traités successifs ont instauré différents instruments permettant de pallier ce déficit. Aujourd’hui, la crise de l’Union européenne est sans doute plus profonde et dépasse la question du fonctionnement des institutions. Elle touche la confiance même qu’ont les citoyens dans le projet d’intégration et dans la démocratie.
L’Italie entre déclin industriel et impuissance politique
L’Italie fait face à une crise économique profonde. Malgré l’application de mesures d’austérité recommandées par les autorités européennes, la croissance est en berne et le chômage progresse. Les privatisations ont eu pour effet de faire passer des fleurons de l’industrie sous pavillon étranger. L’État ne joue plus son rôle de régulateur et ne parvient à endiguer ni la corruption ni la fraude fiscale. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle se double d’une crise politique.
Brexit : une certaine idée de l’Europe
Le résultat du référendum de juin 2016 relève d’explications connues, touchant à l’évolution de la société britannique et à ses débats politiques particuliers. Il renvoie surtout à une divergence fondamentale sur la nature et l’objectif de la construction européenne. Le Royaume-Uni n’a pas été le mauvais élève de la classe européenne trop souvent décrit. Mais son héritage et sa culture lui font préférer l’idée d’une Europe où la souveraineté resterait le privilège des États.
Conflits locaux : le mal insidieux de l’Afrique
Les conflits locaux, de plus en plus nombreux et dévastateurs en Afrique, ne sont le plus souvent analysés par les acteurs internationaux qu’à travers le prisme des conflits ou des déstabilisations d’États. Leur nature complexe, le mélange qu’ils opèrent entre traditions et modernité, leurs rapports aux niveaux national et international doivent faire l’objet d’approches nouvelles, à la fois stratégiques et ponctuelles. Des approches qui doivent intégrer les dimensions militaires et civiles.