Le renouveau des mouvements pour la restitution du patrimoine africain
Les demandes de restitution de biens culturels acquis pendant la période coloniale ont démarré dans la foulée des indépendances des pays africains. Elles ont eu peu d'effets jusqu'au début des années 2010. Depuis une décennie, les restitutions prennent de l'ampleur. Différentes organisations de la société civile, basées en Europe ou en Afrique, utilisent des techniques modernes de communication pour attirer l'attention des médias et mettre la pression sur les gouvernements européens.
La question de la restitution du patrimoine africain fait à nouveau irruption dans le débat public européen depuis les années 2010. Les États africains jouent un rôle central dans ce mouvement. Mais si la question de la restitution de ce patrimoine est récemment revenue sous le feu des projecteurs, c’est en grande partie sous l’impulsion de la société civile. En attirant l’attention des médias et de l’opinion publique, les mobilisations citoyennes ont fait sortir cette question des canaux officiels de négociations]. Elles ont exercé une pression sur les États européens en insistant sur le caractère injuste de la détention des biens culturels africains par les anciennes puissances coloniales.
Dans un contexte où la morale est devenue de plus en plus déterminante pour le prestige des États, elles ont réussi à contraindre les États européens à procéder à des restitutions. Pour la première fois, ils ne se sont plus contentés de prêts, mais ils se sont engagés à transférer légalement la propriété de biens culturels aux pays africains spoliés. La France a enclenché une nouvelle phase avec le discours de Ouagadougou de novembre 2017. Elle restitue, en 2019, le sabre d’El Hadj Oumar Tall au Sénégal, puis rend au Bénin 26 œuvres du palais d’Abomey en 2021. Pour ce faire, une loi a été votée en décembre 2020, permettant de déroger au principe d’inaliénabilité des œuvres des collections publiques. Le gouvernement néerlandais a quant à lui adopté, en février 2021, les recommandations du « National Policy Framework for Colonial Collections ». Établi par des professionnels des musées néerlandais en octobre 2020, il invitait à restituer tous les biens spoliés pendant la colonisation. Au Royaume-Uni, ce sont les universités, comme celles d’Aberdeen et de Cambridge, qui ont pris l’initiative de rendre des bronzes du Royaume du Bénin au Nigeria en octobre 2021. Après avoir transféré la propriété d’œuvres de l’Africa Museum de Tervuren à la république démocratique du Congo en 2021, la Belgique a voté en juin 2022 une loi qui dessine un cadre juridique pour le retour des œuvres liées au passé colonial de l’État belge au Congo, au Burundi et au Rwanda. Enfin, l’Allemagne a signé, en juillet de la même année, un accord avec le Nigeria pour la restitution d’environ un millier de bronzes. […]
PLAN
- Les mouvements pour la restitution du patrimoine africain (1960-2010)
- À l’origine des demandes : les élites culturelles africaines
- Restituer le patrimoine pour réparer les injustices
- L’essoufflement des mouvements pour la restitution au début des années 2000 - Les années 2010 : un nouvel élan
- Lutter pour la restitution du patrimoine au prisme du panafricanisme
- Restituer le patrimoine africain, décoloniser les relations Europe-Afrique
Ysé Auque-Pallez est doctorante en science politique, rattachée au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) à Bordeaux.
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Le renouveau des mouvements pour la restitution du patrimoine africain
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