Le secteur financier face au choc du COVID-19
Les mesures de confinement prises pour endiguer l’épidémie de COVID-19 ont provoqué une crise économique inédite. Celle-ci n’est pas comparable à la crise financière de 2008, dont la cause était endogène. Pour limiter l’impact de la récession, les gouvernants creusent les déficits publics et comptent sur l’intervention des banques centrales. La reprise économique et la sauvegarde de l’emploi dépendront de la capacité du secteur financier à se mettre au service de l’économie réelle.
La crise du COVID-19 est une surprise pour les économistes. On pourrait ironiser sur le fait que ceux-ci sont fréquemment surpris, surtout lorsqu’ils se mêlent de prévision. En l’espèce, l’ironie n’est pas de mise. Après l’effondrement des marchés en 2008-2009, chercheurs et banquiers centraux s’accordaient à penser que la prochaine récession trouverait probablement sa source dans l’accumulation incontrôlée de dettes publiques et privées. Des moyens considérables avaient d’ailleurs été mis en œuvre par les organes de supervision pour évaluer la capacité de résistance des banques systémiques en cas de défauts de paiement massifs. Toutes ces hypothèses se sont révélées fausses lorsque l’épidémie de coronavirus est venue brutalement interrompre le fonctionnement de l’économie. Il s’agit là d’un phénomène dévastateur mais simple, dans lequel les dysfonctionnements du secteur financier n’ont aucune part. On peut y voir un parfait exemple de choc exogène – et l’inverse de la crise des subprimes, qui avait longuement mûri dans les tréfonds du secteur bancaire américain.
Il est encore difficile d’estimer l’amplitude et la durée de la crise. Les grands équilibres qui vont émerger se laissent difficilement deviner. Il semble donc préférable de se contenter d’hypothèses sur des domaines d’activité précisément définis. Pour ce qui est du système financier, il convient de l’envisager dans sa globalité : bien que leurs fonctions soient distinctes, banques centrales, banques commerciales et gérants d’actifs sont étroitement connectés et interdépendants. Ces liens se trouveront encore renforcés par la crise, dans la mesure où les pouvoirs publics entendent lutter contre la récession par un recours massif à la dette. Dans cette perspective, aucun pays ne saurait tabler exclusivement sur ses ressources propres : seuls les marchés financiers ont aujourd’hui la profondeur et la liquidité nécessaires pour répondre aux besoins des États. […]
PLAN
- L’absorption du choc de la pandémie par le secteur financier
- Un impact fort mais indirect sur les activités de financement
- Une volatilité extrême mais sans réelles conséquences
- Une dégradation préoccupante de la stabilité financière - Le secteur financier peut-il répondre aux attentes des autorités politiques ?
- Comment préserver la liquidité du secteur bancaire ?
- Les banques sauront-elles financer les entreprises ?
- Des solutions inédites
- Le secteur financier parviendra-t-il à préserver les retraites ? - Vers de nouveaux équilibres politiques
- Une perte d’influence des grands investisseurs
- Un renforcement des États au détriment des banques centrales
Arnaud Odier, diplômé de Sciences Po et HEC, travaille pour la filiale suisse d’un grand groupe bancaire français.
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