L'élargissement de l'UE et la transformation du continent
La problématique de l’élargissement, jusqu’ici vécue comme un accomplissement du projet européen, s’inscrit désormais dans un contexte international neuf. Ce dernier contraint l’Union européenne à dépasser les classiques dimensions juridique et géographique de sa réflexion, au profit d’une approche véritablement géopolitique de ses relations avec ses environnements. La Communauté politique européenne s’inscrit dans la logique de remodelage du continent qu’impose la guerre en Ukraine.
La guerre en Ukraine a eu pour effet de remonter la problématique de l’élargissement dans l’agenda politique européen. Les statuts de candidat reconnus rapidement à ce pays, à la Moldavie et sans doute très prochainement à la Bosnie-Herzégovine, ainsi que les négociations d’adhésion finalement ouvertes avec la Macédoine du Nord et l’Albanie constituent les avancées récentes d’une politique qui semblait au point mort. Le Brexit, qui a réduit l’Union européenne (UE) de 28 à 27 États membres, avait envoyé un signal inverse à l’élargissement. Celui-ci est-il pour autant dans une dynamique durable ? Va-t-il renforcer l’Union ou, au contraire, en gripper la mécanique ?
L’élargissement est un processus inséparable d’une réflexion plus large sur l’unité du continent, dans laquelle s’inscrit le nouveau projet de Communauté politique européenne lancé par le président Macron, et objet d’un sommet fondateur à Prague le 6 octobre dernier. L’élargissement interroge la construction européenne dans ses dimensions historique, géographique et institutionnelle. Tout en accomplissant le projet européen, il en modifie le cours.
L’élargissement, une histoire de démocratisations
L’histoire officielle de la construction européenne est jalonnée des dates de traités d’intégration plus ou moins ambitieux et d’entrées successives d’États dans une Union de plus en plus nombreuse. L’Europe fut d’abord celle des Six, puis des Neuf, des Dix, des Douze, des Quinze, d’un seul coup des Vingt-Cinq, puis des Vingt-Sept. Et même des Vingt-Huit, avant que le Brexit ne mette brutalement fin au mythe de « l’Union sans cesse plus étroite » avec la sortie effective du Royaume-Uni. L’élargissement, qui avait jusqu’alors progressé bon an mal an, laissa place à une amputation de l’Union. Au lendemain du référendum britannique de 2016, la crainte était même qu’il produise un effet d’entraînement, à l’instar du thème du « Frexit » imprégnant la campagne présidentielle française de 2017. Il n’en fut rien. Aucun État membre ne songe aujourd’hui à quitter l’Union, qui au contraire attire de nouveau des candidatures.
Le Brexit comme, à l’inverse, les adhésions renvoient l’Union européenne à ce qu’elle exprime fondamentalement : un choix démocratique commun. L’UE ne forme pas un empire en ce qu’elle n’oblige aucun pays à y entrer, ni même désormais à y rester. Vouloir y adhérer répond d’abord à un choix souverain du pays demandeur et à l’acceptation unanime de tous les autres à chaque étape du processus d’entrée. Nulle candidature n’est sollicitée. [...]
PLAN
- L’élargissement, une histoire de démocratisations
- L’élargissement, une géographie ouverte
- L’élargissement, une transformation profonde
- L’élargissement, des limites institutionnelles
- L’élargissement et la Grande Europe
Sébastien Maillard est directeur de l’Institut Jacques Delors.
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