Chili : une page qui ne tourne pas
Le Chili a connu une forte contestation sociale en 2019 et 2020, qui a conduit à la fois à l’ouverture d’un processus visant à remplacer la Constitution de 1980 et à l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président issu de la gauche, Gabriel Boric. Les travaux de la Convention constitutionnelle ont duré plus d’un an et ont abouti à un texte soumis à référendum. La population a rejeté massivement ce projet qui devait acter des avancées sociales majeures et permettre de tourner la page de la période Pinochet.
Lors du référendum du 4 septembre 2022, les Chiliens ont massivement rejeté le projet constitutionnel qui devait remplacer la Constitution de 1980, héritée de la dictature civilo-militaire d’Augusto Pinochet. Le « non » l’a emporté avec près de 62 % des voix, l’obligation de vote rétablie à cette occasion ayant permis d’atteindre un taux de participation historique de 85,8 %. Rédigé par une Convention constitutionnelle paritaire démocratiquement élue et avec une représentation des peuples autochtones, ce texte devait consacrer des avancées dans le domaine du droit des femmes, de l’éducation, de la santé ou encore en faveur des peuples autochtones. Cette décision du peuple chilien marque un coup d’arrêt au processus de bouleversements socio-politiques majeurs que connaît le pays depuis 2019.
Longtemps présenté comme un « modèle », du fait de sa réussite économique et de sa stabilité politique dans une région latino-américaine en proie à des difficultés, le Chili a connu entre 2019 et 2020 une révolte d’ampleur en faveur d’une plus grande justice sociale. Ces mobilisations ont exprimé une colère populaire et une aspiration à des changements profonds. Grandissantes depuis plusieurs années, elles sont parvenues à arracher de haute lutte au gouvernement de droite de Sebastián Piñera la tenue d’un processus constituant. Les Chiliens ont ainsi élu, en mai 2021, une Convention constitutionnelle chargée de tourner la page de la Constitution de 1980 et de définir un nouveau pacte social.
Sept mois plus tard, Gabriel Boric, un jeune militant de gauche partisan d’un changement de Constitution et d’une refonte du modèle socio-économique, remportait les élections présidentielles. Mais alors que le peuple chilien s’était largement prononcé, malgré une forte abstention, en faveur d’une nouvelle Constitution en octobre 2020 et qu’il avait élu un président favorable à un tel changement, il a largement refusé le texte proposé par la Convention. Dans l’attente d’une nouvelle orientation que donnera le gouvernement de Gabriel Boric, la société chilienne est en proie à l’incertitude.
La remise en cause du « modèle » chilien
Au terme de dix-sept années de dictature militaire (1973-1990), le retour de la démocratie au Chili s’opère de manière pacifiée. Il prend la forme d’un pacte entre les élites civiles et les dignitaires militaires, les conditions de la transition étant largement dictées par ces derniers. […]
PLAN
- La remise en cause du « modèle » chilien
- De la révolte sociale de 2019-2020 à la tenue d’un processus constituant
- L’élection d’un jeune président de gauche : Gabriel Boric
- Les raisons du rejet du projet de nouvelle Constitution
- Et après le rejet ?
Axel Nogué est doctorant au laboratoire FRAMESPA (France, Amériques, Espagne – Sociétés Pouvoirs Acteurs) de l’université Toulouse-Jean Jaurès.
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