Le Sri Lanka : de l'effondrement économique à la révolte
En 2022, le Sri Lanka a été secoué par une crise économique et politique inédite. Au cours du mois d’avril, le pays a fait défaut sur le remboursement de sa dette et s’est retrouvé dans l’incapacité d’emprunter sur les marchés internationaux. L’inflation a frappé les classes populaires de plein fouet et la pauvreté a gagné du terrain. Une partie de la population s’est alors mobilisée pour obtenir le départ du clan Rajapakse, au pouvoir depuis deux décennies, accusé d’incurie et de corruption.
En 2022, le Sri Lanka a été le théâtre d’une crise économique et politique sans précédent. Elle s’est soldée par le départ de l’ensemble du clan Rajapakse, qui dominait la sphère politique nationale depuis 2005. Durant des mois, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté pour demander que la puissante famille abandonnât le pouvoir et que ses membres fussent traduits en justice. Les images de manifestants sri lankais prenant d’assaut la résidence officielle du président, se prélassant sur son lit et se baignant dans la piscine dans une ambiance festive ont fait le tour du monde.
Un tel désaveu du clan Rajapakse, réélu triomphalement en 2019, aurait été impensable quelques mois auparavant. Le basculement du pays dans la contestation s’est fait sur fond de la crise économique la plus sévère que le Sri Lanka ait connue depuis son indépendance. La gestion calamiteuse de cette crise par le gouvernement a conduit une partie de la population, dont les besoins les plus élémentaires n’étaient plus assurés, à remettre en cause l’incompétence, mais aussi les pratiques autoritaires, d’un régime qui avait jusqu’alors bénéficié d’une certaine assise populaire.
Un pays à l’arrêt
La crise économique trouve sa source dans le manque de devises étrangères, nécessaires au remboursement de l’énorme dette extérieure du pays et à l’achat de produits importés essentiels – l’économie sri lankaise étant étroitement dépendante d’importations pour les denrées alimentaires, les produits médicaux et le carburant. Les réserves en devises étant proches de zéro en avril 2022, le gouvernement annonça qu’il suspendait le remboursement de la dette publique extérieure, laquelle s’élevait à plus de 50 milliards de dollars. Il se trouva aussitôt dans l’incapacité d’emprunter de l’argent sur les marchés internationaux, d’où, dans les mois suivants, un blocage complet de l’économie du pays. Avec l’explosion de l’inflation et l’effondrement de la valeur de la roupie sri lankaise, les produits de première nécessité importés devinrent inabordables ou introuvables, le gouvernement ne disposant pas des fonds suffisants pour se les procurer. Les médicaments et le matériel médical – largement importés – vinrent également à manquer, conduisant certains patients à mourir de maladies pourtant traitables.
Pénuries et explosion des prix précipitèrent une partie de la population dans l’insécurité alimentaire. Selon un sondage mené en avril par l’Organisation des Nations unies, 70 % des personnes interrogées indiquaient sacrifier un repas par jour et près de la moitié des enfants du pays avaient besoin d’une aide humanitaire d’urgence. […]
PLAN
- Un pays à l’arrêt
- L’aragalaya : de Gota go home à la remise en cause du système
Lola Guyot est titulaire d’un doctorat de l’Institut universitaire européen de Florence, enseigne à Sciences Po Lille.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Le Sri Lanka : de l'effondrement économique à la révolte
Lutte contre le terrorisme : la Belgique, maillon faible ?
Après les attentats de 2015 et 2016, la Belgique a été pointée du doigt et a fait l’objet d’un véritable Belgium bashing. Les critiques émises étaient parfois exagérées mais pas totalement injustifiées : les ministères régaliens avaient fait l’objet de coupes budgétaires drastiques et la complexité du système politico-administratif belge rendait la coopération entre services difficile. Une commission d’enquête a tiré les leçons des attentats et de profondes réformes ont été entreprises.
La France face à la politique économique de Trump
La plupart des réformes annoncées en matière commerciale par le candidat Trump n’ont pas été mises en œuvre. La France peut tirer profit de l’existence de nombreux intérêts communs pour défendre sa vision d’une mondialisation à la fois libre-échangiste et régulée. Cependant, l’hypothèse d’un recours croissant à des mécanismes de protection et d’un rejet du multilatéralisme doit aussi être envisagée, notamment du fait de l’attitude de la Chine et de ses alliés.
Iran : architecture du pouvoir et conservatisme
Les institutions politiques iraniennes sont difficiles à déchiffrer. Elles sont les héritières de traditions particulières et de la Révolution de 1979. Les sources du pouvoir sont multiples : électorales, religieuses, économiques, groupes de pression, réseaux d’influence, etc. Au-delà de la dualité visible président/Guide suprême, le compromis établi entre traditions, loi religieuse et acquis libéraux est complexe et réduit la probabilité d’une évolution rapide du régime.
Le Monténégro ou la fragilité à toute épreuve
Le Monténégro est désormais membre de l’Alliance atlantique, et peut-être l’État des Balkans occidentaux le plus avancé sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne. Il a pu développer son ancrage régional et ses échanges avec les États voisins, au moment où ses relations avec Moscou se faisaient plus difficiles. Son identité nationale reste néanmoins fragile. L’économie connaît de réelles difficultés, et son système politique fait l’objet d’une contestation interne croissante.