Les armements et la paix
Fin 1962, au cœur des débats sur l’avenir des armées et de la stratégie françaises, et sur la mutation atlantique vers la doctrine de « riposte graduée », le général André Beaufre s’interroge dans Politique étrangère (n° 4/1962) sur la nature des armements nécessaires au traitement d’une situation politique donnée : « Comme l’a montré l’histoire de ces dernières années, les armements ont la faculté de créer un équilibre militaire qui, jusqu’à un certain point peut servir de palliatif momentané à une instabilité politique grave. Mais ils ne résolvent en rien le problème politique qui demeure entier. » Une réflexion on ne peut plus actuelle, et nécessaire…
Les armements peuvent être un facteur de paix comme un facteur de guerre. Comment obtenir l'un et éviter l'autre, tel est le problème que politiques et militaires cherchent à résoudre depuis longtemps, mais qu'ils se posent aujourd'hui avec plus d'angoisse, maintenant qu'avec l'arme atomique notamment, le déclenchement d'une guerre paraît généralement devoir mener au suicide.
Sans chercher à résoudre ici ce problème considérable, je crois utile d'en examiner certains aspects plus proprement européens, parce qu'ils sont d'actualité et nous touchent de plus près, et aussi parce qu'ils permettent de mieux saisir la réalité des contradictions parfois assez subtiles qui se cachent sous les arguments souvent trop simples mis en avant par les diverses théories en présence.
***
Après le drame de la Deuxième Guerre mondiale, l'Europe s'est retrouvée ruinée et désarmée, en même temps qu'elle était dangereusement menacée par la main-mise stalinienne sur l'Europe orientale jusqu'à Berlin, Prague et Budapest. Le maintien pendant plus de quinze ans de cette division artificielle résultant d'une situation de fin de combat a laissé subsister en plein milieu de l'ancienne Europe une profonde blessure qui se cicatrise mal et dont les suppurations constantes comme les inflammations possibles créent un danger permanent. Ce danger politique est grave et multiforme : il va du risque de soulèvements à l'est du rideau de fer (comme en Hongrie en 1956) au risque de conflits, par exemple en vue ou à l'occasion d'une réunification de l'Allemagne, sous l'égide de l'un ou l'autre des deux blocs qui se partagent le monde. En raison de l'importance politique et économique de l'Allemagne de l'Ouest, chaque événement dans cette zone sensible peut avoir "des conséquences psychologiques considérables et amorcer ainsi des évolutions politiques dangereuses ou même irréversibles.
En outre, le flanc méditerranéen de l'Europe, économiquement moins développé et politiquement plus instable, constitue une autre zone sensible. Or, il voit naître en face de lui sur la rive sud de nouvelles nations islamiques qui pourraient constituer à terme une menace supplémentaire pour la stabilité de cette zone, si les problèmes difficiles que fait naître la décolonisation ne trouvaient pas d'aboutissements satisfaisants.
À ces dangers d'origine politique, on a remédié surtout par des solutions de caractère militaire, sans doute à cause de l'impossibilité où l'on se trouvait d'appliquer des solutions politiques convenables. Ce fut la création de l'OTAN, d'abord conçue comme une coalition classique, puis comme un abonnement à la garantie offerte par la Force stratégique de dissuasion américaine, enfin comme une participation à une stratégie de dissuasion « graduée ». Sous le signe de ces stratégies successives furent réalisés le réarmement partiel de l'Europe occidentale et plus spécialement de l'Allemagne, de la Turquie et "de la Grèce directement menacés, le renforcement de l'Europe par la présence de forces américaines, et surtout le déploiement en Europe de nombreux et puissants moyens atomiques américains. On avait ainsi pallié une grande instabilité politique par un assez bon équilibre militaire. [...]
Théoricien de la stratégie française, André Beaufre est un général d'armée français.
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