L'euro. 30 ans après Maastricht et 10 ans après le drame grec
L’euro est conçu à la fin des années 1980 pour constituer l’un des trois pôles de l’ordre monétaire international. L’impossibilité d’équilibrer les comptes publics des États membres va le conduire à la grave crise de 2012. La politique de quantitative easing de la Banque centrale européenne sauvera la monnaie unique, y compris pendant la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, l’accumulation des déficits publics pose à nouveau la question de sa viabilité de long terme.
Le 1er janvier 2002, il y a un peu plus de 20 ans, 300 millions d’Européens abandonnaient leurs monnaies fiduciaires nationales respectives pour adopter l’euro. Création artificielle et donc fragile aux yeux de certains, comme Milton Friedman, Prix Nobel d’économie en 1976, avancée historique vers plus de stabilité monétaire pour d’autres, comme le Prix Nobel d’économie de 1999 Robert Mundell, l’euro est désormais installé dans le paysage monétaire mondial, malgré – ou grâce à – une histoire heurtée bien que courte.
Il est aujourd’hui partagé par 19 pays sur les 27 que compte l’Union européenne (UE). L’arrivée de la Croatie dans la zone euro le 1er janvier 2023 peut être considérée comme une confirmation de la vitalité du projet de monnaie européenne.
Retour sur les débuts
Parmi les bizarreries de l’euro figure le fait que nul ne sait quelle est la date précise et objective de sa naissance. Qu’il soit néanmoins permis d’en avancer une, à savoir le 2 juin 1988, et de la compléter par un lieu : Évian. Pourquoi ce choix ? Parce que ce jour-là, lors d’un sommet franco-allemand, les deux gouvernements se sont mis d’accord non seulement sur le principe de la création d’une monnaie unique, mais encore sur ce qu’il fallait en attendre.
En janvier 1988, l’Allemagne prend la présidence de la Communauté européenne pour six mois. C’est l’occasion pour Hans-Dietrich Genscher, ministre allemand des Affaires étrangères, de s’exprimer devant le Parlement européen. Il y dit la volonté de son pays d’« œuvrer à la création d’une union monétaire et d’une banque centrale européenne ». Pour les Allemands, chaque pays désireux de contribuer à la création de cette union monétaire doit appartenir au système monétaire européen (le SME, système de changes fixes mais ajustables mis en place en 1979) et avoir aboli le contrôle des changes ; il doit également s’être doté d’une banque centrale indépendante ; enfin, il doit assurer l’équilibre budgétaire sur la durée du cycle, c’est-à-dire n’accepter de déficit que conjoncturel.
Pour répondre, la France attend le résultat des élections présidentielles du mois de mai. Réélu, François Mitterrand reçoit le 2 juin 1988 Helmut Kohl à Évian. La création rapide de l’Union monétaire européenne est le point essentiel de l’ordre du jour de cette rencontre.
En s’engageant dans cette voie, le but des Français et des Allemands est non seulement de conforter le projet européen mais encore d’échapper au désordre monétaire mondial installé par et pour les États-Unis. Leur détermination a été renforcée par la déconvenue qu’ils viennent d’essuyer. […]
PLAN
- Retour sur les débuts
- La descente aux enfers de la Grèce, ou le temps des crises
- Les nouvelles règles : TSCG et quantitative easing
- Pour l’avenir : pays frugaux versus Club Med, interrogations sur le quantitative easing…
Jean-Marc Daniel est enseignant en économie à l’ESCP Business School, à l’École des mines et à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique.
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