L’Intelligence artificielle change-t-elle la nature de la guerre ?
De Gaza à l’Ukraine en passant par l’Iran, les conflits actuels sont marqués par l’arrivée de l’Intelligence artificielle et des robots sur les champs de bataille. Les changements en cours sont si profonds que l’être humain risque de perdre rapidement la maîtrise de pans entiers de la conduite des opérations militaires. Si ces évolutions technologiques modifient le caractère de la guerre, un débat existe au sujet de leur impact sur la nature même du phénomène guerrier.
Le 13 avril 2026, Volodymyr Zelensky annonçait que, « pour la première fois dans l’histoire », l’armée ukrainienne avait pris une position ennemie uniquement avec des robots et des drones, sans envoyer sur place le moindre soldat. Quelques semaines plus tard, le 10 juin, le fabricant de drones ukrainien Alexander Kokhanovskyy révélait que, deux ans plus tôt, des soldats russes avaient été tués par des systèmes entièrement autonomes lors d’un test mené près de Bakhmout et Tchassiv Iar.
Ces deux prouesses techniques, aussi spectaculaires qu’inquiétantes, s’inscrivent dans la continuité de progrès fulgurants dans les domaines de la robotique et de l’Intelligence artificielle (IA). De l’Ukraine à l’Iran en passant par Gaza, les conflits récents témoignent de leur pénétration toujours plus poussée sur le champ de bataille, dans des fonctions aussi variées que l’observation et la reconnaissance, l’identification et la classification des cibles, l’analyse et la prédiction des menaces, la logistique et le ravitaillement, la cybersécurité, la guerre électronique, la simulation et la formation, la santé des armées, l’aide à la décision ou l’autonomisation des systèmes d’armes.
Si le bouleversement majeur que représente l’IA ne fait plus de doute, ses effets sur la nature de la guerre sont plus controversés. Certains expliquent que l’IA n’est qu’une nouvelle technique à disposition des combattants, comme avant elle la poudre ou le char, quand d’autres mettent en exergue les ruptures observées sur les théâtres d’opérations ces dernières années. [...]
PLAN DE L'ARTICLE
- « Il faut que tout change pour que rien ne change »
- Le vieux visage des guerres nouvelles
- Évolution ou révolution ?
- Ce que la technique fait à la guerre
- De nouveaux acteurs
- Une guerre sans combattants ?
- La guerre au miroir de l’homme
- Un argument anthropologique
- Un argument éthique
Laure de Roucy-Rochegonde dirige le Centre géopolitique des technologies de l’Ifri. Elle est l’autrice de La guerre à l’ère de l’intelligence artificielle (Paris, Presses universitaires de France, 2024).
Article publié dans Politique étrangère, vol. 91, n° 3, 2026.
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