L’UE est-elle prête pour les prochains défis migratoires ?
L’Union européenne a certes répondu à l’arrivée massive de migrants en 2015, mais avec des mesures de court terme, et qui ont creusé les divisions entre pays membres. Elle reste aujourd’hui divisée sur l’analyse même du problème migratoire pour l’avenir, et n’a pas mis en place les dispositifs qui permettraient de répondre à de nouvelles crises. Ce sont les mécanismes de décision de l’Union, les principes mêmes de son action, ainsi que sa crédibilité internationale, qui sont ainsi mis en cause.
La crise de l’Union européenne (UE) ouverte avec l’arrivée irrégulière d’un million de personnes sur les côtes européennes en 2015 ne cesse de créer des effets, à l’intérieur comme à l’extérieur de l'Union. Pourtant, l’élément déclencheur de cette séquence, communément qualifiée de « crise des réfugiés » ou de « crise migratoire », semble avoir pris fin. Les indicateurs utilisés pour déterminer le caractère exceptionnel du phénomène migratoire sont retombés aux niveaux antérieurs à 2015.
Les chiffres des arrivées irrégulières sur les côtes méditerranéennes ont à peine concerné 140 000 personnes en 2018 et, selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), cette tendance à la baisse se préciserait pour l’année 2019. De même, avec 580 000 premières demandes d’asile enregistrées en 2018, la situation est comparable à celle de 2014.
Un premier constat serait que l’UE a survécu à la crise. Schengen est toujours en place et les systèmes d’asile des pays les plus impactés – l’Allemagne et la Suède – ne se sont pas effondrés. Pourtant, la question migratoire reste au cœur des préoccupations des responsables européens. On lui attribue la montée des extrêmes droites, bien que dans nombre de pays celle-ci soit antérieure à 2015. Or, cette montée, avec l’enjeu environnemental, a été le principal marqueur des élections européennes de mai 2019. Vingt ans après le sommet de Tampere qui a lancé la politique commune d’asile et d’immigration, le chantier reste donc ouvert. L’appel à un nouveau pacte pour la migration et l’asile formulé devant les députés européens par Ursula von der Leyen le 16 juillet 2019 souligne que la question migratoire demeurera un sujet prioritaire pour la nouvelle Commission européenne.
Les responsables européens semblent avoir réalisé que, face aux désordres géopolitiques mondiaux mais également environnementaux, les défis migratoires sont devant eux. Mais la crise de 2015 a creusé des fissures tellement profondes entre pays européens qu’on peut craindre qu’une nouvelle crise migratoire provoque un effondrement de l’édifice européen. Les États membres sont-ils dès lors mieux préparés collectivement à un nouvel afflux de migrants ? Autrement dit, ont-ils appris de leurs erreurs ? [...]
PLAN
- L’Union européenne et l’évaluation des risques migratoires
- Un risque africain à questionner
- De la collecte de données à la décision politique - L’UE et sa crédibilité internationale
- Une conditionnalité à sens unique
- L’UE et la gouvernance mondiale des migrations - Une fragilisation en profondeur de la construction européenne
Matthieu Tardis est chercheur au Centre migrations et citoyennetés de l’Ifri.
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L’UE est-elle prête pour les prochains défis migratoires ?
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