L’UE peut-elle se doter des moyens de la puissance ?
Les Européens ont mal maîtrisé le processus de retrait des troupes occidentales d'Afghanistan. L'Union européenne, qui mène déjà nombre d'opérations extérieures, dispose pourtant des moyens de décider et d'agir : institutions de la PSDC, Fonds européen de défense, Coopération structurée permanente… L'Initiative européenne d'intervention et la « Boussole stratégique », qui doit être prochainement rendue publique, renforceront ces moyens pour faire peut-être de 2022 l'année de la défense européenne.
Après les attentats du 11 septembre 2001, lors desquels périssent près de 3 000 personnes, l’armée américaine intervient en Afghanistan dans le cadre de l’opération Enduring Freedom. Le pays est alors gouverné par les talibans, qui « entretiennent des liens étroits avec les terroristes d’Al-Qaïda ». Si leur régime est renversé dès le mois de novembre 2001, les talibans ne renoncent pas pour autant à la lutte. C’est pourquoi, en sus de l’opération sous commandement américain, une coalition internationale – la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) – est dépêchée sous l’égide de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en décembre 2001 pour continuer à les combattre et aider le nouveau gouvernement afghan à sécuriser son territoire. La quasi-totalité des États membres de l’Union européenne (UE) participent à cette mission avec des contingents variables – on comptait environ 132 000 soldats déployés en février 2011, dont une grande majorité de militaires américains. Cette opération prend fin en décembre 2014 ; lui succède la mission Resolute Support, dont le mandat est la formation des forces armées afghanes, avec donc des objectifs bien moindres : environ 13 000 soldats déployés en juillet 2016. La France et l’Irlande sont les deux seuls États membres de l’UE engagés dans Enduring Freedom qui ne participent pas à cette dernière mission.
Bilan de l’action de l’UE en Afghanistan
Le 21 décembre 2018, le président Donald Trump annonçait le retrait de 7 000 soldats américains d’Afghanistan, soit la moitié des forces américaines stationnées dans le pays, après en avoir presque doublé les effectifs dans les mois suivant son arrivée à la Maison-Blanche, sur les conseils de son secrétaire à la Défense d’alors, James Mattis. À l’époque, l’objectif était de venir en soutien aux forces afghanes en difficulté. La mission de formation de ces forces afghanes était prévue pour durer dix ans et devait permettre de former jusqu’à 350 000 hommes.
A posteriori, il semblerait que la portée politique de cette décision de D. Trump, qui devait être un préalable à la négociation menée avec les talibans, ait été sous-estimée. L’accord de février 2020 entre les talibans et les États-Unis prévoyait en effet 14 mois pour le retrait des troupes, jusqu’à avril 2021. Élu président en novembre 2020, Joe Biden ne remet pas l’accord en cause, même s’il repousse de quatre mois la date de retrait initialement prévue. […]
PLAN
- Bilan de l’action de l’UE en Afghanistan
- Les instruments de la Politique de sécurité et de défense commune
- L’Europe pourra-t-elle demain conduire des interventions militaires ?
- Les leçons de la crise AUKUS et les perspectives de la « Boussole stratégique »
- 2022 : année de la défense européenne ?
Tara Varma dirige le bureau parisien de l'European Council on Foreign Relations.
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