Pékin : pire et meilleur ennemi de Taïwan
Au cours des dernières années, la politique de la République populaire de Chine à l’égard de Taïwan est devenue de plus en plus agressive. Les pressions économiques s’intensifient et les démonstrations de force militaires sont désormais très fréquentes. La posture chinoise a pour effet de renforcer le soutien international à Taipei. La question taïwanaise occupe plus que jamais une place centrale dans la confrontation sino-américaine, elle-même exacerbée par la crise du COVID-19.
Les divisions politiques entre les deux rives du détroit « ne pourront être transmises de génération en génération » : Xi Jinping s’est ainsi exprimé en octobre 2013, lors d’une entrevue avec l’ancien vice-président taïwanais Vincent Siew, en marge d’un sommet de l’Asia-Pacific Economic Cooperation (APEC) à Bali. Un an après son arrivée au pouvoir, Xi nourrissait donc un certain optimisme quant à l’évolution de la relation entre la Chine continentale et l’île voisine. Les liens entre les deux parties s’étaient en effet largement développés depuis 2008, sous l’administration Kuomintang (KMT) du président Ma Ying-jeou à Taïwan, notamment par le biais de l’Accord-cadre de coopération économique (ECFA) entre la République populaire de Chine (RPC) et Taïwan. C’est également cet optimisme, ainsi que la volonté de peser dans les élections à venir sur l’île, qui ont pu conduire Xi à accepter la rencontre historique avec Ma, à Singapour en novembre 2015, quelques mois avant la fin de son second mandat. C’était il y a cinq ans et demi – autant dire : un siècle.
La pression croissante de Pékin sur Taipei
Xi a, depuis lors, réitéré sa volonté de ne pas laisser aux générations futures la charge d’une solution politique aux différends entre les deux rives, mais la formule résonne tout autrement dans le contexte actuel. L’attitude de Pékin à l’égard de Taipei s’est en effet radicalement durcie depuis l’élection, en janvier 2016, de la présidente Tsai Ing-wen, leader du Parti démocrate progressiste (PDP) historiquement favorable à l’indépendance. Cette dernière n’a pas repris à son compte le « Consensus de 1992 » entre Pékin et Taipei (lequel reconnaît l’existence d’une seule Chine, sous différentes interprétations), condition sine qua non du dialogue pour Pékin. Lors du 19e Congrès du Parti communiste chinois (PCC) d’octobre 2017, Xi Jinping, qui entamait son deuxième mandat à la tête du Parti, déclarait : « Nous avons une volonté ferme, une confiance totale et des capacités suffisantes pour contrecarrer toute forme de complot séparatiste pour “l’indépendance de Taïwan”. Nous ne laisserons personne, ni aucune organisation, ni aucun parti politique, à aucun moment et sous quelque forme que ce soit, séparer une partie du territoire chinois de la Chine. » […]
PLAN
- La pression croissante de Pékin sur Taipei
- La stratégie taïwanaise face au géant communiste
- Taïwan, atout pour la communauté internationale ?
- L’agressivité de la RPC, catalyseur du soutien international à Taïwan
Marc Julienne, chercheur, est responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri.
John Seaman est chercheur au Centre Asie de l’Ifri.
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