À quelle espérance l'Europe peut-elle répondre dans le monde de demain ?
Dans ce numéro spécial de Politique étrangère consacré aux actes de la Conférence organisée par l'Ifri le 10 avril 2019 au Grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l'occasion de son quarantième anniversaire, découvrez le débat animé par Christine Ockrent entre Franziska Brantner, Jean-Louis Boulanges, Bernardino Leon et Igor Yurgens.
Christine Ockrent
Merci d'être aussi nombreux dans ce lieu splendide, et d'avoir écouté avec tant d'attention le ministre de l'Économie et le président fondateur de l'Ifri. Thierry de Montbrial nous a encouragés en quelque sorte à la psychanalyse, mais il me semble qu'après le tableau plutôt optimiste et dynamique brossé par Bruno Le Maire, et le tableau plus sombre brossé par Thierry de Montbrial, on peut d'abord féliciter une fois encore l'Ifri pour avoir choisi de célébrer ce quarantième anniversaire au lendemain d'un sommet qui a réuni à Bruxelles la Chine et l'Union européenne. Aujourd'hui s'ouvre également un sommet des chefs d'État et de gouvernement qui doit décider, ou non, d'un nouveau calendrier pour l'interminable chaos du Brexit. La concomitance des deux événements nous pousse à réfléchir à ce qu'est aujourd'hui l'Europe, l'Europe puissance. Nous allons parler de l'Europe puissance parce que c'est un ensemble économique et commercial majeur ; mais on pourrait parler aussi de l'Europe affaiblie, affaiblie de l'intérieur par ses doutes, son trouble identitaire, son repli sur soi, ainsi que par des tentatives de déstabilisation venues de voisins qui ne sont pas toujours bienveillants ; et aussi de cette Europe souvent pusillanime que nous regrettons tous, qui semble indécise, si peu sûre de ses capacités à imprimer sa marque dans l'histoire.
Je voudrais commencer par demander à Franziska de nous livrer sa réaction aux discours de ce matin, et la manière dont elle voit cette Europe, comme députée et jeune femme politique d'avenir.
L'Europe, pour quoi faire ?
Franziska Brantner
Je partage les analyses de Thierry de Montbrial et du ministre sur le choix que les Européens ont aujourd'hui à faire. Veut-on demeurer au centre d'un ping-pong entre Américains et Chinois, ou voulons-nous définir nous-mêmes notre propre futur ? La question vaut dans tous les domaines, et je pense en particulier au thème de la digitalisation : on en a un peu parlé, mais il est très important. Accepte-t-on l'idée d'une digitalisation américaine ou chinoise, d'un monopole privé ou d'un monopole étatique, avec le risque d'une censure totale, ou celui qu'un monopole privé définisse ce que l'on a le droit de faire ou non ? En ce moment par exemple, en Allemagne, un grand débat est ouvert sur la question de la 5G : veut-on encore garder les capacités européennes pour maîtriser les infrastructures de l'économie du futur, ou décide-t-on de les remettre dans les mains des Chinois ? […]
Franziska Brantner est députée au Bundestag.
Jean-Louis Bourlanges est député, vice-président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
Bernardino Leon, ancien représentant spécial de l'Union européenne pour la Méditerranée du sud, est directeur général de l'Académie diplomatique des Émirats arabes unis.
Igor Yurgens est président de l'Institut du développement contemporain (Fédération Russie).
Christine Ockrent est journaliste et écrivain.
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