Le Bangladesh entre crise politique et montée de l'islamisme
Le mouvement « Students Against Discrimination », à l'origine des manifestations de l'été 2024, a cristallisé le mécontentement d'une jeunesse confrontée à la réinstauration d'un quota controversé pour les descendants des muktijoddhas (les « combattants pour la liberté » de la guerre d'indépendance de 1971), après quinze années de dérive autoritaire de la Première ministre Sheikh Hasina.
Depuis les élections de décembre 2008, la Ligue Awami a consolidé son pouvoir en brouillant les frontières entre État et parti, avec des scrutins manipulés, des arrestations arbitraires et la répression des oppositions politiques. La contestation étudiante s'est rapidement transformée en un mouvement national dénonçant la brutalité des forces de l'ordre et les coupures internet imposées par le gouvernement. Mais ce sont surtout des décennies de corruption, d'instabilités et d'inégalités économiques qui ont précipité la chute de Sheikh Hasina, jusqu'à sa fuite vers l'Inde le 5 août 2024.
La nouvelle séquence politique a permis à plusieurs groupes islamistes, historiquement marginalisés, de consolider leur influence. La Jamaat-e-Islami et sa branche étudiante – Bangladesh Islami Chhatra Shibir (ICS) – ont su tirer parti de la diabolisation et de la répression subies sous le régime de Sheikh Hasina. Nombre de ses militants ont tout simplement infiltré la Ligue Awami afin de continuer leurs activités politiques. Appuyés sur des réseaux éducatifs et financiers solidement établis, ils ont exploité la crise pour présenter la Jamaat comme un acteur démocratique capable de diriger le pays, tout en promouvant un révisionnisme mémoriel. Cette ascension de l'islam politique n'est pas nouvelle, elle s'inscrit dans la continuité des alliances et concessions de la Ligue Awami au fil des ans. Aujourd'hui, sous le gouvernement intérimaire, les attaques contre les droits des femmes, les symboles non islamiques, les populations adivasis – les premiers habitants – ainsi que contre la culture artistique et musicale sont ouvertes et assumées.
Parallèlement, le gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus est confronté à des défis économiques, humanitaires et géopolitiques majeurs. À l'instabilité financière, au chômage des jeunes et à la fragilité bancaire s'ajoutent la gestion du camp de réfugiés rohingyas et les pressions régionales, notamment la polarisation avec l'Inde et le risque de rapprochement avec la Chine et le Pakistan. Les prises de position ambiguës du gouvernement Yunus à l'intérieur, les libérations de cadres islamistes violents et les tensions transfrontalières illustrent la complexité de la transition.
PLAN DE L'ARTICLE
- « Students Against Discrimination » et la chute de la Ligue Awami
- Une situation inédite : l'exclusion de la Ligue Awami du paysage
politique - Une révolution confisquée par les forces islamistes
- Un gouvernement intérimaire en échec : l'absence de réformes
structurelles - Ambiguïtés gouvernementales et polarisation régionale
Charza Shahabuddin, politiste, est postdoctorante au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po pour le ReligiS Lab.
Article publié dans Politique étrangère, vol. 90, n° 4, 2025.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Le Bangladesh entre crise politique et montée de l'islamisme
Arabie Saoudite : faux ami ou vrai ennemi ?
Avec sa présence à Bahreïn, son intervention au Yémen, ses relations avec l’Iran, ou l’isolement du Qatar, l’Arabie Saoudite semble s’affirmer comme un État perturbateur, diplomatique et religieux, au Moyen-Orient. La diplomatie religieuse du wahhabisme joue un rôle central dans la stratégie de Riyad. Tout comme une stratégie de l’information, véritable dispositif d’influence, qui vise à orienter en sa faveur les opinions et les décideurs des grandes démocraties.
Retour sur la crise du Golfe de 2017
La crise du Golfe, qui a démarré en juin 2017, reflète des tensions anciennes entre le Qatar et ses voisins. L’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis reprochent en particulier à Doha son soutien aux Frères musulmans et son rapprochement avec Téhéran. Cette crise a suscité l’embarras des pays occidentaux qui coopèrent avec toutes les parties. L’engagement de la Turquie aux côtés du Qatar rend une escalade militaire peu probable. Nul n’a intérêt à ce que la situation s’envenime.
Arabie Saoudite : la guerre des trois n’a pas eu lieu
La « saoudité » reste difficile à définir, et elle suggère à la fois un type de débat politique très spécifique et la peur profonde d’une implosion immaîtrisable. C’est dans ce cadre que s’inscrit la relation conflictuelle avec le Qatar, représentant pour Riyad une idéologie des Frères musulmans antagonique avec ses propres conceptions. La modification de l’ordre de succession royal entérine un saut de génération, et un printemps arabe ne semble pas devoir toucher prochainement Riyad.
Les objectifs stratégiques de la Russie dans l’Arctique
Depuis une décennie, l’intérêt de la Russie pour l’Arctique s’est développé. Des projets économiques ont vu le jour, en particulier dans le domaine énergétique et en matière de transport maritime. Cette région – qui héberge la plus grande part de l’arsenal nucléaire russe – est importante pour Moscou sur le plan militaire. Si des tensions avec d’autres États arctiques ne sont pas à exclure, la Russie a intérêt à maintenir une stabilité propice au développement économique.