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Le Bangladesh entre crise politique et montée de l'islamisme

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Politique étrangère, vol. 90, n° 4, hiver 2025
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Le mouvement « Students Against Discrimination », à l'origine des manifestations de l'été 2024, a cristallisé le mécontentement d'une jeunesse confrontée à la réinstauration d'un quota controversé pour les descendants des muktijoddhas (les « combattants pour la liberté » de la guerre d'indépendance de 1971), après quinze années de dérive autoritaire de la Première ministre Sheikh Hasina.

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Visuel article Bangladesh, Charza Shahabuddin
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Depuis les élections de décembre 2008, la Ligue Awami a consolidé son pouvoir en brouillant les frontières entre État et parti, avec des scrutins manipulés, des arrestations arbitraires et la répression des oppositions politiques. La contestation étudiante s'est rapidement transformée en un mouvement national dénonçant la brutalité des forces de l'ordre et les coupures internet imposées par le gouvernement. Mais ce sont surtout des décennies de corruption, d'instabilités et d'inégalités économiques qui ont précipité la chute de Sheikh Hasina, jusqu'à sa fuite vers l'Inde le 5 août 2024.

La nouvelle séquence politique a permis à plusieurs groupes islamistes, historiquement marginalisés, de consolider leur influence. La Jamaat-e-Islami et sa branche étudiante – Bangladesh Islami Chhatra Shibir (ICS) – ont su tirer parti de la diabolisation et de la répression subies sous le régime de Sheikh Hasina. Nombre de ses militants ont tout simplement infiltré la Ligue Awami afin de continuer leurs activités politiques. Appuyés sur des réseaux éducatifs et financiers solidement établis, ils ont exploité la crise pour présenter la Jamaat comme un acteur démocratique capable de diriger le pays, tout en promouvant un révisionnisme mémoriel. Cette ascension de l'islam politique n'est pas nouvelle, elle s'inscrit dans la continuité des alliances et concessions de la Ligue Awami au fil des ans. Aujourd'hui, sous le gouvernement intérimaire, les attaques contre les droits des femmes, les symboles non islamiques, les populations adivasis – les premiers habitants – ainsi que contre la culture artistique et musicale sont ouvertes et assumées.

Parallèlement, le gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus est confronté à des défis économiques, humanitaires et géopolitiques majeurs. À l'instabilité financière, au chômage des jeunes et à la fragilité bancaire s'ajoutent la gestion du camp de réfugiés rohingyas et les pressions régionales, notamment la polarisation avec l'Inde et le risque de rapprochement avec la Chine et le Pakistan. Les prises de position ambiguës du gouvernement Yunus à l'intérieur, les libérations de cadres islamistes violents et les tensions transfrontalières illustrent la complexité de la transition.

 

PLAN DE L'ARTICLE

  • « Students Against Discrimination » et la chute de la Ligue Awami
  • Une situation inédite : l'exclusion de la Ligue Awami du paysage
    politique
  • Une révolution confisquée par les forces islamistes
  • Un gouvernement intérimaire en échec : l'absence de réformes
    structurelles
  • Ambiguïtés gouvernementales et polarisation régionale
     

Charza Shahabuddin, politiste, est postdoctorante au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po pour le ReligiS Lab.

 

Article publié dans Politique étrangère, vol. 90, n° 4, 2025.

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Le Bangladesh entre crise politique et montée de l'islamisme

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En attendant le retour de l'Etat...

Date de publication
21 décembre 2021
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L'échec de la coalition internationale en Afghanistan et les difficultés rencontrées par Paris et ses alliés au Sahel soulèvent nombre de questions sur l’ingénierie internationale imaginée depuis les années 1990 pour reconstruire ou renforcer les États « faillis ». L’association entre, d’une part, une opération militaire destinée à contenir ou affaiblir une insurrection et, d’autre part, une coopération internationale plus ou moins importante, destinée à renforcer ou redéployer l’État – l’ensemble constituant ce que les stratèges appellent une opération de « stabilisation » – n’a pas débouché sur la stabilité attendue. En Afghanistan comme au Mali, le lien direct postulé entre apaisement des tensions et délivrance de services publics n’est pas validé. Ni les Provincial Reconstruction Teams (PRT) afghanes ni les « colonnes foraines » accompagnées par Barkhane n’ont pu apaiser les conflits violents ou relégitimer l’État.

Alain ANTIL Elodie RICHE Anne SAVEY
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Gouvernance économique européenne : entre erreurs passées et promesses d'avenir

Date de publication
21 décembre 2021
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La crise de la zone euro avait marqué un véritable échec de la politique de l’Union européenne (UE), traduit en performances économiques médiocres et en érosion de sa légitimité politique dans les populations des États membres. La crise de la pandémie du Covid-19 a au contraire, après un flottement initial, montré toute sa réactivité, avec en particulier l’acceptation d’une dette commune. Ce nouveau départ de l’UE doit cependant être confirmé, à la fois politiquement et institutionnellement.

Vivien SCHMIDT
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L’Union européenne, entre fragmentation et consolidation

Date de publication
21 décembre 2021
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L’Union européenne (UE) a géré avec succès les effets de la pandémie de Covid-19 et le Brexit a renforcé la cohésion de l’UE autour de l’axe franco-allemand. La confrontation sino-américaine favorise l’unité européenne au sein de l’alliance occidentale. Les controverses sur l’« illibéralisme » peuvent être vues comme une européanisation de la politique intérieure. Pour autant, il n’est pas évident que ces constats entraînent une modification substantielle de l’équilibre entre l’Union et ses États membres.

Maxime LEFEBVRE
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Après le Brexit et le Covid : quel avenir pour l’Europe ?

Date de publication
21 décembre 2021
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Les chocs du Brexit et de la pandémie de Covid-19 ont montré la résilience de la dynamique intégratrice de l’Union européenne – avec, en particulier, le plan Next Generation EU. Mais l’adoption de ce dernier a été difficile, et la pandémie a été aussi l’occasion de retours sur des initiatives purement nationales sur l’état de droit, la fermeture des frontières ou la vaccination. La Conférence sur l’avenir de l’Europe permettra-t-elle d’adopter les mutations constitutionnelles qui semblent s’imposer ?

Federico FABBRINI

Comment citer cette étude ?

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Charza Shahabuddin, « Le Bangladesh entre crise politique et montée de l'islamisme », Politique étrangère, Articles, Ifri, 2 décembre 2025.
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Le Bangladesh entre crise politique et montée de l'islamisme