Révolution numérique, chambardement économique
La révolution numérique bouleverse l'économie, dans la mesure où ses effets s'étendent bien au-delà du secteur numérique lui-même. En effet, elle transforme la manière même dont on conçoit la création de valeur. L'Intelligence artificielle constitue une nouvelle étape qui nécessite des capacités d'investissement colossales dans des infrastructures physiques comme les data centers. L'Europe n'a pas su saisir à temps l'ampleur de ces changements, mais elle dispose tout de même de certains atouts.
En 2000, les vingt premières capitalisations boursières mondiales comptaient quatre entreprises européennes. En 2025, plus aucune. En l'espace d'une génération, l'Union européenne (UE) est passée du statut de puissance économique de premier plan à celui de spectatrice d'une révolution technologique dont elle n'a pas pris le tournant.
L'histoire économique est jalonnée de ruptures technologiques majeures. De la machine à vapeur à l'électrification, chaque vague d'innovation a redéfini les fondements de la productivité et redistribué les cartes de la puissance économique. Le numérique marque une rupture d'une nature différente : en quelques décennies, il est passé du statut d'outil au service de l'économie à celui de socle structurant qui en redessine les règles. La création de valeur repose de moins en moins sur la transformation de ressources matérielles et plus sur la capacité à capter, traiter, valoriser, les flux d'information. Les entreprises dominantes ne sont plus celles qui possèdent les plus grandes capacités industrielles mais celles qui contrôlent les plateformes, données et algorithmes. Les nations qui ont tardé à saisir cette réalité ont vu leur position économique relative s'éroder.
L'Intelligence artificielle (IA) accélère cette dynamique tout en la complexifiant. Elle promet d'entendre le numérique dans l'économie, en automatisant les fonctions cognitives elles-mêmes, mais cette extension exige des investissements massifs en infrastructures physiques. Le logiciel, longtemps affranchi des contraintes matérielles, retrouve ainsi la logique du capital lourd, tout en demeurant piloté par ceux qui maîtrisent le code. [...]
PLAN DE L'ARTICLE
- De la matière à l'information : la reconfiguration du pouvoir économique
- Le basculement vers le logiciel et le décrochage européen
- Nouvelle ère numérique : l'IA et le retour du capital lourd
Hugo Le Picard est chercheur associé au Centre géopolitique des technologies de l'Ifri, docteur en économie de l'université Paris Sciences et Lettres (PSL) et entrepreneur dans le domaine de la tech.
Article publié dans Politique étrangère, vol. 91, n° 1, 2026.
> Pour aller plus loin, réécouter l'épisode 43 du podcast "Le monde selon l'Ifri" : "Les logiques économiques de la transformation numérique"
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Révolution numérique, chambardement économique
Crise de l’Union européenne ou crises de la démocratie ?
Les institutions européennes sont régulièrement mises en cause pour leur déficit démocratique. Pourtant, depuis les années 1990, les traités successifs ont instauré différents instruments permettant de pallier ce déficit. Aujourd’hui, la crise de l’Union européenne est sans doute plus profonde et dépasse la question du fonctionnement des institutions. Elle touche la confiance même qu’ont les citoyens dans le projet d’intégration et dans la démocratie.
L’Italie entre déclin industriel et impuissance politique
L’Italie fait face à une crise économique profonde. Malgré l’application de mesures d’austérité recommandées par les autorités européennes, la croissance est en berne et le chômage progresse. Les privatisations ont eu pour effet de faire passer des fleurons de l’industrie sous pavillon étranger. L’État ne joue plus son rôle de régulateur et ne parvient à endiguer ni la corruption ni la fraude fiscale. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle se double d’une crise politique.
Brexit : une certaine idée de l’Europe
Le résultat du référendum de juin 2016 relève d’explications connues, touchant à l’évolution de la société britannique et à ses débats politiques particuliers. Il renvoie surtout à une divergence fondamentale sur la nature et l’objectif de la construction européenne. Le Royaume-Uni n’a pas été le mauvais élève de la classe européenne trop souvent décrit. Mais son héritage et sa culture lui font préférer l’idée d’une Europe où la souveraineté resterait le privilège des États.
Conflits locaux : le mal insidieux de l’Afrique
Les conflits locaux, de plus en plus nombreux et dévastateurs en Afrique, ne sont le plus souvent analysés par les acteurs internationaux qu’à travers le prisme des conflits ou des déstabilisations d’États. Leur nature complexe, le mélange qu’ils opèrent entre traditions et modernité, leurs rapports aux niveaux national et international doivent faire l’objet d’approches nouvelles, à la fois stratégiques et ponctuelles. Des approches qui doivent intégrer les dimensions militaires et civiles.