Qu’est-ce que le « trumpisme » ?
Le trumpisme prend la forme d’une présidence plus démagogique qu’autoritaire dont la principale dynamique est une polarisation exacerbée et personnalisée. Une telle évolution affaiblit les capacités de gouvernement du président. Ainsi, l’héritage de Donald Trump risque de se résumer aux conditions qui ont permis son accession au pouvoir en 2016 et qui se pérennisent : personnalisation du pouvoir, omniprésence médiatique, dérégulation du financement des campagnes et apathie électorale.
Face à Donald Trump, la science politique atteint-elle ses limites ? Il est vrai que la « gouvernance du chaos » de l’administration actuelle semble être un défi permanent aux analyses les mieux établies. Pourtant, Trump s’inscrit bien dans des évolutions de long terme : il est à la fois un aboutissement de tendances bien connues, et un facteur d’aggravation. Star de la télévision et milliardaire en partie autofinancé, il est le produit logique de la dérèglementation du financement des campagnes électorales et de l’omniprésence médiatique. Il constitue un exemple de ce « retour du Prince » caractéristique des deux dernières décennies, où la personnalisation à outrance se nourrit du « dégagisme » ambiant.
La campagne de Trump renvoyait également à un cadre bien connu. Reposant sur la mobilisation d’une base de fidèles par un outsider charismatique dans un contexte de relative apathie électorale, d’hésitation de l’establishment républicain, et surtout de défiance radicale vis-à-vis des partis et des institutions, elle illustrait à merveille les thèses exprimées par Nelson Polsby dès 1983. La rhétorique trumpienne, quant à elle, s’inscrit dans la droite ligne d’un « paléoconservatisme » reposant sur un appel voilé au ressentiment racial. Quant à son programme, il rassemblait en 2015-2016 à la fois un populisme de gauche (défense de Social Security, de Medicare, protectionnisme) et de droite (immigration, mur à la frontière, America First), sans pour autant se donner la peine de rentrer dans des détails programmatiques. Il constituait ainsi un parfait exemple de ce que Donald Stokes désignait comme une campagne de valence dans un article de 1963 maintes fois cité, campagne où le candidat cherche à éviter tout engagement précis pour ne pas donner prise aux arguments de ses adversaires. Tous ces éléments, Trump les a sans conteste aggravés, en faisant au passage exploser bien des normes de la démocratie américaine – manque de respect de l’opposition, agressivité, déni, ignorance de la séparation des pouvoirs, mélange privé et public, népotisme, etc.
Trump n’est donc pas une totale aberration, ce qui condamnerait l’observateur à la simple chronique, quasi-quotidienne, des frasques présidentielles, jusqu’à la fin de son mandat. Il représente des tendances de long terme, au point d’incarner, pour certains, une étape historique de l’épuisement des régimes démocratiques. […]
PLAN
- Une présidence « faux-puliste »
- Une polarisation liée à la personnalisation du pouvoir
- Un pouvoir présidentiel en trompe-l’œil
François Vergniolle de Chantal, professeur à l’Université de Paris, a codirigé la revue Politique américaine de 2012 à 2019. Il a publié L’Impossible présidence impériale, Paris, CNRS Éditions, 2016, et est coordinateur de l’ouvrage collectif Obama’s Fractured Legacy, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2020.
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