Qui a tué Dag Hammarskjöld ? Sisyphe à New York
En pleine crise du Katanga, le secrétaire général de l’ONU Dag Hammarskjöld trouve la mort dans un accident d’avion en septembre 1961. On rend ici compte d’une enquête menée dans les archives sur une éventuelle implication de responsables ou de services français. Rien ne semble la prouver. De même, le rapport rendu au secrétaire général de l’ONU en 2019 ne permet pas de conclure à l’assassinat, même si une conclusion définitive n’est pas possible, l’ensemble des hypothèses demeurant donc ouvert.
Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, à 15 kilomètres de Ndola à la frontière entre le Katanga et la Rhodésie du nord, (actuelle Zambie), le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Dag Hammarskjöld, trouve la mort dans l’accident de l’avion DC6 (SE-DBY, dénommé Albertina) qui le transportait ainsi qu’une quinzaine de personnes. Depuis lors, on a beaucoup discuté sur cet épisode et argumenté sur ses causes. Était-ce un accident ou un attentat… ?
Des arguments ont été avancés pour étayer les deux hypothèses : un avion en plus ou moins bon état ; un équipage suédois pas préparé à l’Afrique ; une erreur de pilotage ; des cartes trop imprécises, par-dessus le marché, pour un vol de nuit. Mais plusieurs de ces facteurs ont été remis en cause. Et la thèse de l’attentat fait état de témoins africains qui auraient vu un avion évoluer à proximité du DC6 Albertina pour l’attaquer. D’autres thèses évoquent une bavure, sous la forme d’un arraisonnement raté, ou l’infiltration d’un homme chargé de se saisir de Dag Hammarskjöld, ou bien encore l’explosion d’une bombe placée dans l’avion. Depuis 1961, plusieurs enquêtes diligentées par les autorités rhodésiennes, par l’ONU, par des enquêteurs privés, ou des experts indépendants ont exploré toutes les pistes possibles sans parvenir à une conclusion claire sur la cause du crash de l’avion.
En dépit du temps qui passe, et complique les recherches, à la suite de la mise à jour d’archives sud-africaines faisant état d’une opération « Céleste » lancée par des paramilitaires sud-africains décidés à attenter à la vie de Dag Hammarskjöld, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon (2007-2017) a décidé en décembre 2016 de confier une nouvelle enquête à une « personnalité éminente », le juge tanzanien Mohamed Chande Othman, et il a demandé à une dizaine d’États d’ouvrir leurs archives, et de charger « une personnalité indépendante de haut niveau » (en anglais : independent appointee) dans chacun de ces pays d’effectuer cette mission.
Pour ma part, chargé de l’enquête dans les archives françaises, j’ai rendu mon rapport le 2 juin 2019. Le rapport du juge Othman a été publié sur le site de l’ONU le lundi 7 octobre. Dans les développements qui vont suivre, je voudrais d’abord faire état de mon travail dans les archives, ensuite du rapport de l’ONU, enfin des considérations que m’inspire cette expérience. […]
PLAN
- Le contexte
- La crise congolaise
- Who killed DH ?
- Le rapport de l’ONU - Retour d’expérience
Maurice Vaïsse est professeur émérite des universités (Sciences Po), éditeur des Documents diplomatiques français, et auteur – entre autres – de La Puissance ou l’influence ? La France dans le monde depuis 1958 (Paris, Fayard, 2009) et Les Relations internationales depuis 1945, 16e édition actualisée (Paris, Armand Colin, 2019).
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Qui a tué Dag Hammarskjöld ? Sisyphe à New York
L’Office of Net Assessment : plongée au cœur du think tank du Pentagone
La prospective de défense américaine s’est développée depuis plus de quarante ans autour d’une structure originale : l’Office of Net Assessment (ONA). Ce bureau, dirigé jusqu’en 2015 par Andrew Marshall, n’a compté depuis sa création qu’une centaine de collaborateurs directs. Il a toutefois contribué à alimenter tout un écosystème de recherche stratégique. Ses analyses, fondées sur la méthode pluridisciplinaire du Net Assessment, ont eu un impact important, parfois bien au-delà des États-Unis.
Arctique : le passage du Nord-Ouest sous tension
Avec la fonte de la banquise arctique s’est développé un discours médiatique et scientifique sur l’intérêt stratégique du passage du Nord-Ouest. La question du statut des eaux du passage du Nord-Ouest pose celle de l’inclusion ou non de ce détroit dans l’espace maritime souverain du Canada. Les relations entre États demeurent cordiales sur le sujet, et il n’y a pas de litige fort entre le Canada et d’autres pays à propos de la souveraineté sur cette route arctique.
Négociations climatiques et commerciales : itinéraires croisés
Depuis quelques années, les négociations multilatérales en matière commerciale et climatique connaissent des trajectoires différentes. Alors que la COP21 est vue comme un succès historique, les avancées dans le domaine commercial sont moins spectaculaires. Au-delà des enjeux respectifs – qui paraissent plus importants et urgents dans le domaine climatique –, des différences intéressantes peuvent être notées au sujet des modes de négociation ou du degré de contrainte pesant sur les parties.
L’Euro-Asie selon Pékin
Projet géographique à portée économique, et porteur de lourdes conséquences politiques, la stratégie chinoise des Nouvelles routes de la soie vise une connectivité généralisée dans l’espace eurasiatique. Cherchant à désenclaver une partie du territoire chinois, elle entend doubler la mondialisation maritime d’un développement des circulations terrestres. Russes et Européens sont, entre autres, concernés par les effets de cette stratégie, déjà concrétisée par de multiples décisions.