Religion et relations internationales : perceptions et réalités
Le facteur religieux n’est pas bienvenu dans les sciences sociales occidentales, et en particulier dans les théories des relations internationales. La sécularisation du XXe siècle n’a pourtant nullement fait disparaître le religieux: elle a provoqué son adaptation à un nouvel environnement. Le facteur religieux réapparaît aujourd’hui largement, invitant les théories des relations internationales à le réintégrer, en particulier dans leur analyse des dynamiques conflictuelles.
Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 et celles qui ont suivi ont favorisé chez les chercheurs occidentaux une réévaluation du rôle de la religion dans les relations internationales. Avant ces attaques, peu d’études publiées dans les revues de relations internationales incluaient la religion dans leurs paradigmes ou la traitaient comme un élément majeur, à quelques exceptions notables. Et ce, en dépit de la révolution iranienne, de la multiplication consécutive des mouvements islamistes, en dépit de nombreux conflits ethno-religieux comme au Sri Lanka, en Israël, dans les ex-républiques yougoslaves ou au Cachemire, en dépit du développement de groupes terroristes musulmans comme Al-Qaida, etc.
L’ignorance de la religion est une tendance générale des sciences sociales occidentales et surtout des cursus universitaires en relations internationales. Sur nombre de sujets, il est difficile de regrouper les chercheurs en sciences sociales américains et européens ; mais sur ce point, ils sont bien ensemble héritiers des prédictions d’influents penseurs occidentaux qui, entre autres, lièrent modernité et mort de la religion comme force politique et sociale signifiante.
Cette prophétie sur la fin des religions s’est-elle réalisée ? Non : au lieu de s’effacer, la religion a évolué pour survivre et se développer dans un environnement moderne. La religion a de multiples influences sur les relations internationales : en atteste sa capacité à conférer une légitimité, à influencer les visions du monde des dirigeants et des citoyens, la tendance des conflits religieux à déborder les frontières, ou le fait que nombre de problèmes transnationaux soient imbriqués dans une dimension religieuse – comme les droits de l’homme ou le terrorisme. Alors que certaines de ces influences ont évolué, leur perception d’ensemble est restée statique, accordant toujours la même place à la religion. La récente mutation des rapports entre religions et relations internationales relève donc moins des faits eux-mêmes que de leur appréhension par l’Occident. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Religion et modernité dans les sciences sociales
- La modernité, facteur d’évolution religieuse
- Les multiples influences de la religion dans les relations internationales
- Légitimité
- Les visions religieuses du monde
- Les conflits religieux locaux sont des problèmes internationaux
- Phénomènes et problèmes religieux transnationaux
- Quelles perspectives ?
Jonathan Fox est chargé d’enseignement au Département d’études politiques de l’Université Bar Ilan (Israël). Ses recherches portent sur les conflits civils et ethniques et sur les interactions de la religion dans les relations internationales. Son dernier ouvrage, publié en collaboration avec S. Sandler, est Religion in World Conflict (Londres, Routledge, 2006).
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Religion et relations internationales : perceptions et réalités
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