Sur le Brexit et une « nouvelle AELE »
Plusieurs pays européens ne veulent ou ne peuvent pas rejoindre l’Union européenne (UE). Le Royaume-Uni pourrait devenir leur chef de file en donnant une nouvelle impulsion à l’Association européenne de libre échange (AELE). Une bonne articulation entre l’UE et l’AELE permettrait une unification historique du continent. Des États importants comme l’Ukraine et la Turquie seraient intégrés à cette architecture. Un tel projet entraverait les visées russes dans les marges orientales de l’Europe.
Le 31 janvier 2020, le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne (UE). La saga du Brexit a pris fin, au bout de trois ans et demi, avec un divorce à l’amiable ; et un mois plus tard, représentants britanniques et européens se sont retrouvés à Bruxelles pour négocier les conditions d’une future coexistence – termes des échanges, réglementations douanières et règles de concurrence.
Nombre d’analystes ont déjà souligné que les dirigeants britanniques semblaient désormais envisager de s’écarter radicalement de la déclaration politique signée en octobre 2019 avec l’accord de retrait. Alors que peu de temps auparavant, les Britanniques semblaient s’orienter vers le modèle norvégien (hormis, bien sûr, la participation à la zone Schengen), il s’avère aujourd’hui que Londres souhaite conclure un accord commercial à la canadienne, s’affranchissant totalement de nombreuses obligations respectées par d’autres États non européens.
Il est entendu que seuls les Britanniques ont voix au chapitre pour leurs décisions souveraines. Mais on peut défendre l’idée que le Royaume-Uni devrait opter pour une stratégie qui corresponde plus ou moins à la façon dont il voit sa place et son rôle dans un monde post-Brexit. Un monde qui pourrait être très différent du précédent, à un détail près : la Grande-Bretagne peut bien quitter l’organisation politique qu’est l’UE, elle ne peut se couper de l’Europe, dont elle est moins une voisine qu’une partie intégrante depuis un millénaire. Elle a largement contribué à la construction de la culture et de la science européennes, a été pionnière en matière d’innovation technologique, et représenté l’Europe dans le monde où elle a essaimé la démocratie bien davantage que d’autres empires coloniaux.
Dans leur ambition de restaurer la souveraineté du Royaume-Uni, ses dirigeants devraient songer que, sur une scène politique mondiale occupée par une Amérique plus conquérante que jamais, une Chine émergente, et une Russie qui avance à l’aveugle, il y a peu de place pour une nation représentant 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) nominal mondial, moins de 0,9 % de la population mondiale et qui est peu au clair sur son rôle dans la politique internationale – à moins d’en rester au vieux cliché de la Grande-Bretagne « pont » entre l’Europe et les États-Unis. Il semble donc crucial pour Londres de définir sa relation à l’UE en privilégiant un cadre qui lui permette de jouer un rôle actif (plus actif qu’auparavant même, peut-être) dans la politique européenne, et s’écarte de toute option la condamnant à un rôle de figurant. […]
PLAN
- Le renouveau de l’Association européenne de libre-échange ?
- Associer les exclus de l’Union européenne
- Réguler les rapports entre l’UE et la nouvelle AELE
- Marges et voisinage de l’Europe unifiée
Vladislav Inozemtsev est économiste, docteur en sciences économiques russe, chercheur associé non-résident au CSIS (Center for Strategic and International Studies) à Washington. Il dirige le Centre de recherches sur la société postindustrielle, qu’il a fondé en 1996.
Traduit de l’anglais par Cécile Tarpinian.
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