Tunisie, 2011-2020 : la démocratie contre l’efficience de l’action publique ?
Après le renversement du régime de Ben Ali en 2011, la Tunisie a mis en place un système politique visant à éviter une trop forte concentration du pouvoir. Toutefois, ce nouveau système n’est pas satisfaisant : il a abouti à une telle dispersion du pouvoir que l’action publique en devient inefficace et minée par le clientélisme. De profondes réformes doivent être conduites pour rendre les gouvernements plus efficaces et légitimes. Sinon, la tentation autoritaire pourrait faire son retour.
Le cadre constitutionnel et institutionnel dans lequel s’inscrit la vie politique tunisienne depuis la révolution de 2010-2011 interdit à une force politique de monopoliser le champ politico-administratif, et à un centre de pouvoir suffisamment puissant de se constituer. Dans un contexte où les organisations partisanes manquent de moyens pour développer des politiques publiques, et où l’accaparement des ressources étatiques à des fins clientélistes constitue le principal enjeu de la compétition politique, cette situation concurrentielle diminue l’efficience de l’action publique, porte au pouvoir de nouveaux gouvernements de coalition à l’issue de votes sanctions, et alimente la tentation autoritaire. Celle-ci, en l’absence d’une redéfinition des relations entre administration publique et pouvoir politique, pourrait l’emporter au cours de la nouvelle mandature 2019-2024.
Un cadre constitutionnel et institutionnel qui favorise la dispersion du pouvoir
La chute de l’ancien régime a nettement amélioré les libertés publiques. Au lendemain du départ de Ben Ali, le gouvernement de Mohamed Ghannouchi (17 janvier-27 février 2011) a annoncé le démantèlement de la « police politique », et approuvé l’adhésion du pays à plusieurs conventions internationales relatives aux droits de l’homme. Fin février 2011, le ministre de l’Intérieur a déposé une requête auprès du Tribunal de première instance de Tunis, et obtenu la dissolution de l’ex-parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD).
Sous le gouvernement de Béji Caïd Essebsi (27 février-24 décembre 2011), l’Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique (ISROR) a retenu le mode de scrutin proportionnel aux plus forts restes pour l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC). Ce mode de scrutin – qui est toujours en vigueur – a été choisi pour qu’aucune majorité écrasante ne s’en dégage. L’ISROR a également adopté un nouveau Code de la presse, nettement plus libéral que l’ancien. Enfin, au mois de septembre 2011, le gouvernement a assoupli la loi sur les associations et promulgué un décret-loi garantissant une plus grande liberté d’organisation politique. […]
PLAN
- Un cadre constitutionnel et institutionnel qui favorise la dispersion du pouvoir
- Dispersion du pouvoir et manque d’efficience de l’action publique
- Une vie politique rythmée par la concurrence entre réseaux collusifs
- Dés-objectivation de l’administration et polarisation politique
- La tentation autoritaire
- Redéfinir les relations entre État et pouvoir politique
Michaël Ayari, docteur en science politique, est analyste à l’International Crisis Group pour l’Algérie et la Tunisie.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Tunisie, 2011-2020 : la démocratie contre l’efficience de l’action publique ?
Mexique : de la violence et autres démons
Le président Pena Nieto a souhaité pour le Mexique une lutte contre le narcotrafic moins spectaculaire, et des réformes économiques profondes. Mais quatre années après son arrivée au pouvoir, la violence et la corruption demeurent très largement répandues. L’économie du pays, frappée par la crise mondiale, reste fragile, et les réformes sociales ont été peu décisives. Quant au système politique, il est toujours miné par une partitocratie largement impuissante.
Colombie : la longue marche vers la paix ?
Le conflit qui oppose la guérilla des FARC à l’État colombien a fait 220 000 morts entre 1958 et 2012, date à laquelle des négociations de paix ont démarré à La Havane. Les forces armées colombiennes ont conduit une campagne de contre-insurrection efficace qui a fortement affaibli les FARC. En juin 2016, gouvernement et rebelles ont signé un accord historique. Le cessez-le-feu paraît néanmoins fragile et la paix reste à construire.
Argentine : qu’est-ce que le kirchnérisme ?
Nestor et Cristina Kirchner ont présidé l’Argentine de 2003 à 2015, durée exceptionnelle dans l’histoire politique du pays. Cette continuité permet-elle de définir un mouvement comme le kirchnérisme, qui a évolué en fonction de la conjoncture internationale et des recompositions des alliances politiques ? Si sa continuité politique demeure incertaine, on peut le caractériser par trois articulations principales qui révèlent la portée et les limites de ce projet politique.
Les partis ethniques dans les Balkans occidentaux
Les partis ethniques occupent une place importante sur la scène politique des Balkans occidentaux. Ils ne représentent pas nécessairement un danger pour la démocratie si leurs dirigeants acceptent de respecter le fonctionnement des institutions en place. Toutefois, dans plusieurs pays, les leaders nationalistes jouent avec le feu. Ils font peser un doute sur la démocratisation et la stabilisation de la région, deux conditions indispensables à une hypothétique accession à l’Union européenne.