Une révolution est-elle possible au Liban ?
Depuis le 17 octobre 2019, la colère gronde au Liban. Accablés par les impôts, l’inflation, l’incompétence des gouvernants, l’injustice sociale et la corruption, les manifestants crient leur révolte. Leur détermination se heurte toutefois à une classe politique résolue à garder le pouvoir. Un bouleversement politique est-il possible au Liban, au regard de l’histoire du pays, du fonctionnement de ses institutions, et du caractère composite de la société libanaise ?
En 2018, les élections législatives libanaises attendues depuis neuf ans reconduisent au pouvoir la classe traditionnelle corrompue qui l’occupe depuis 1992. Si les résultats du scrutin sont majoritairement favorables au Hezbollah et à ses alliés, Saad Hariri, principale figure sunnite du pays, est chargé de former un nouveau gouvernement. En dépit de la baisse de sa popularité, sa nomination permet de ménager les sensibilités confessionnelles et de conserver un équilibre politique, gage de stabilité ; ce, d’autant qu’Hariri bénéficie de la confiance de la communauté internationale.
Les rapports de force internes entre différents courants, alimentés par des luttes d’influence régionales et internationales, compliquent cependant la formation du cabinet, qui dure sept mois. Parallèlement à ce vide institutionnel, le Liban est confronté à la perspective d’un effondrement économique imminent, aggravé par l’afflux massif de réfugiés syriens et, plus globalement, les répercussions de la guerre en Syrie.
C’est donc dans un contexte de tension régionale et de dégradation des conditions de vie des Libanais que s’inscrit le soulèvement populaire qui éclate le 17 octobre 2019, en réaction à l’annonce d’une taxe nouvelle sur les appels WhatsApp. Près de 2 millions de personnes manifestent dans toutes les régions du pays, toutes catégories sociales et communautés confondues, déterminées à faire chuter le régime. Cette vague inédite de mécontentement, lue au prisme des printemps arabes, se trouve hâtivement qualifiée de « révolution ». L’ampleur des événements suffit-elle pour autant à leur attribuer un caractère révolutionnaire ? Et une révolution est-elle possible au Liban ? Le système politique et économique qui favorise le clientélisme et la corruption, l’hétérogénéité de la société, enfin l’absence de cohésion dans les rangs des manifestants, semblent pourtant bien constituer autant d’obstacles à l’aboutissement d’une révolution dans le pays.
Un système politico-économique qui favorise clientélisme et corruption
La crise que connaît aujourd’hui le Liban puise sa source dans une histoire : celle d’une organisation politique archaïque héritée de l’époque ottomane. Ce système suppose un partage du pouvoir selon des considérations confessionnelles, qui donne de facto une assise pérenne au clientélisme. […]
PLAN
- Un système politico-économique qui favorise clientélisme et corruption
- Le manque de cohésion chez les manifestants
- L’absence de nation
Lama Fakih, docteur en histoire contemporaine et relations internationales, enseigne à l’université Saint-Joseph de Beyrouth.
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