Vers la fin de la guerre?
Longtemps considérée non seulement comme légitime mais de surcroît comme souhaitable, la guerre a connu une perte sensible de légitimité après la Première et la Seconde Guerre mondiale. Le regain relatif de légitimité qui a suivi la fin de la guerre froide –avec la multiplication des opérations militaires à vocation humanitaire– ne suffira pas à inverser la tendance. Il se pourrait même que la forme de conflits aujourd’hui dominante, la guerre civile, connaisse à son tour un réel déclin.
Au cours du XXe siècle, la guerre a perdu en légitimité. En conséquence – du moins est-ce une des raisons pouvant être invoquées – les guerres interétatiques, et plus spécifiquement les guerres entre États développés, sont devenues extrêmement rares. Ce déclin est un phénomène sans précédent dans l’histoire et certains éléments permettent de supposer qu’il pourrait en être de même pour les guerres civiles.
La légitimité traditionnelle de la guerre
Voici une centaine d’années, la guerre était encore vue non seulement comme légitime mais, de surcroît, comme une chose positive. Comme le souligne l’historien militaire Michael Howard, « avant 1914, la guerre était presque universellement considérée comme un moyen acceptable – voire inévitable ou même désirable – de résoudre les différends internationaux ».
Cinq ans avant d’écrire son Traité de paix perpétuelle, Emmanuel Kant soutenait encore qu’« une paix prolongée favorise la prépondérance d’un esprit purement marchand – dont découlent un égoïsme, une lâcheté et un manque de virilité dégradants – et tend à souiller la vertu de la nation ». Alexis de Tocqueville concluait que « la guerre ouvre l’esprit du peuple et rehausse son caractère ». Quant à Frédéric le Grand, il faisait remarquer que « la guerre est la mère de toutes les vertus, car à chaque instant rayonnent la loyauté, la compassion, la magnanimité et l’héroïsme ».
Certains en déduisaient que des guerres périodiques étaient nécessaires pour préserver la nation de la décadence de la paix. Pour Nietzsche, « c’[était] une pure illusion et une idée futile que d’attendre quoi que ce soit du genre humain s’il oubli[ait] comment faire la guerre ». J. A. Cramb, un professeur britannique, proclamait quant à lui que la paix universelle « plongerait le monde dans une béatitude bovine ». En 1871, Ernest Renan soutenait que la guerre « [était] une des conditions du progrès, le coup de fouet qui empêch[ait] un pays de s’endormir, contraignant la médiocrité satisfaite à quitter son apathie ». En 1891, Émile Zola déclarait : « [La guerre], c’est la vie… Nous sommes condamnés à manger ou être mangés afin que le monde puisse continuer à vivre. Seules les nations belliqueuses ont prospéré. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- La légitimité traditionnelle de la guerre
- La perte de légitimité de la guerre : l’impact des guerres mondiales
- Un relatif regain de légitimité de la guerre après la guerre froide
- La guerre légitime : un potentiel limité
- L’impact de la guerre en Irak sur la nouvelle (et relative) légitimité de la guerre
- La fin de la guerre ?
John Mueller, président de la Woody Hayes Chair of National Security Studies au Mershon Center for International Security Studies, est professeur de sciences politiques à l’Ohio State University. Il est membre de l’American Academy of Arts and Sciences et son dernier ouvrage Overblown (New York, Free Press, 2006) traite du terrorisme et de l’exacerbation de la menace.
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Vers la fin de la guerre?
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesZone franc : fin et réincarnation
La réforme de la zone franc annoncée par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara ébranle certains de ses fondements, en en pérennisant certains autres sous des formes de coopération dont les modalités restent à définir. Pour que cette réforme puisse avoir une véritable portée, elle devrait être intégrée d’abord dans une problématique globale du développement des pays de la zone franc, et plus largement dans une dynamique incluant les autres pays africains.
Le bilan économique du président Trump
En matière économique, Donald Trump a tenu ses promesses de campagne. Il a renégocié des accords internationaux, engagé une grande réforme fiscale et entrepris de déréglementer l’économie américaine. Cette politique a porté ses fruits : au début de l’année 2020, les indices boursiers atteignaient des records, le produit intérieur brut continuait de croître et le chômage était au plus bas. Puis le COVID-19 est arrivé, rebattant les cartes et ouvrant une période d’incertitude.
Qu’est-ce que le « trumpisme » ?
Le trumpisme prend la forme d’une présidence plus démagogique qu’autoritaire dont la principale dynamique est une polarisation exacerbée et personnalisée. Une telle évolution affaiblit les capacités de gouvernement du président. Ainsi, l’héritage de Donald Trump risque de se résumer aux conditions qui ont permis son accession au pouvoir en 2016 et qui se pérennisent : personnalisation du pouvoir, omniprésence médiatique, dérégulation du financement des campagnes et apathie électorale.
États-Unis, le pays du carnage
Dans son discours d’investiture du 20 janvier 2017, le nouveau président Donald Trump avait employé le terme de « carnage » pour évoquer la situation des États-Unis : un pays qu’il estimait ruiné par l’égoïsme des élites.