En Syrie, des promesses en chantier
Depuis la chute du régime Assad il y a un an, la levée des sanctions occidentales a ouvert le marché syrien et suscité de nombreuses promesses de reconstruction. Ces dernières peinent toutefois à se concrétiser, les bailleurs restant frileux face à l'instabilité sécuritaire et économique du pays.
Avec
- Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie/Moyen-Orient de l'Institut français des relations internationales (Ifri).
- Joseph Daher, chercheur spécialiste de l’économie politique du Moyen-Orient.
- Taha Almohammad, politiste, doctorant à l’EHESS, rattaché au CéSor.
"L’opportunité en Syrie est immense et il y a de la place pour tout le monde". Depuis Riyad, où il était en déplacement fin octobre, le président syrien Ahmed Al‑Charaa a voulu son message clair : la Syrie rouvre ses portes et elle aurait déjà attiré plusieurs milliards de dollars de promesses d’investissements. De quoi nourrir l’espoir d’un redressement après treize années de guerre civile et un an après la chute de Bachar al‑Assad.
Des investisseurs étrangers prudents
Sur le terrain, la réalité demeure autrement plus complexe. Avec des infrastructures détruites, un appareil d’État désorganisé et des finances publiques exsangues, le pouvoir n’a guère d’autre choix que de s’en remettre aux capitaux étrangers pour relancer l’économie. La levée progressive des sanctions occidentales a desserré l’étau et ouvert un gigantesque marché. Les États du Golfe – au premier rang desquels l’Arabie saoudite et le Qatar – multiplient les annonces dans les télécommunications, l’énergie, les transports et l’immobilier. La Turquie, redevenue un partenaire économique incontournable, affiche elle aussi ses ambitions, tout comme les États‑Unis, la France ou encore l’Azerbaïdjan.
Mais pour l’heure, les promesses peinent à se matérialiser. Faute de cadre juridique clair, d’un système bancaire fonctionnel et d’une situation sécuritaire réellement stable, les investisseurs étrangers restent prudents. Beaucoup de projets n’existent encore que sur le papier. Et selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il faudrait entre dix et cinquante-cinq ans pour que la Syrie retrouve son niveau économique d’avant-guerre – un horizon qui illustre l’ampleur du défi.
Quelles priorités pour la reconstruction ?
Reste aussi une interrogation majeure : qui décide des priorités ? Sous Assad, la reconstruction fut utilisée comme une arme politique – récompensant des zones loyales, effaçant des quartiers hostiles, remodelant le tissu démographique. Le gouvernement de transition assure vouloir rompre avec ces pratiques, mais son autorité demeure partielle, et d’anciens cadres du régime occupent encore des postes clés. Les violences intercommunautaires ralentissent davantage le processus.
Dans plusieurs villes, les routes qui se réparent et les chantiers qui s’ouvrent entretiennent l’idée d’un pays en mouvement. Mais la reconstruction, pour être réelle, devra répondre aux besoins de la population : logement, électricité, eau, écoles, hôpitaux… Or le risque est que les bailleurs privilégient les secteurs les plus rentables, quand les Syriens attendent d’abord une amélioration de leur vie quotidienne.
Quel est aujourd’hui l’état des lieux des besoins et des moyens de la reconstruction en Syrie ? Quels en sont les principaux freins ? Qui sont les partenaires du pays et quels intérêts poursuivent-ils ? Entre projets symboliques, rentables ou vitaux, quelles sont les priorités et qui les définit ? Et surtout : ces choix coïncident-ils réellement avec les besoins de la population ?
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