Guerre en Ukraine, 4 ans après : une paix qui n’arrive pas
Alors que les négociations s'enlisent à Genève sous médiation américaine, que les morts s'accumulent des deux côtés, la Russie n'a pas bougé d'un pouce sur ses positions. Quelle paix les Ukrainiens attendent-ils, quatre ans après le début de la guerre ?
Avec :
- Florence Aubenas, grand reporter pour "Le Monde" et essayiste
- Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie/Eurasie de l'Ifri
Depuis quatre ans les sirènes rythment le quotidien des Ukrainiens, les coupures d'électricité s'étirent dans le froid de l'hiver et les morts s'accumulent des deux côtés de la ligne de front. Alors que les négociations s'enlisent à Genève sous médiation américaine, la Russie n'a pas bougé d'un pouce sur ses positions. Quelle paix les Ukrainiens attendent-ils 4 ans après le début de la guerre ?
Un pays uni face à l'invasion russe
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Pour Tatiana Kastouéva-Jean, cette unité politique existait déjà avant 2022 : « L'annexion de la Crimée a joué en faveur de cette unité politique et quand on regarde les résultats de l'élection de Volodymyr Zelensky en 2019, on voit déjà qu'il a été plutôt bien élu partout dans le pays ».
Au sujet des déportations d'enfants ukrainiens opérées par les Russes, Tatiana Kastouéva-Jean explique : « Les Ukrainiens ne peuvent que l'interpréter comme une politique génocidaire, qui cherche à les priver d'une partie de leur future génération. Ce n'est pas pour rien qu'il y a une sorte de tabou, d'interdiction, concernant le recrutement des jeunes de moins de 25 ans pour l'armée ukrainienne. Les Ukrainiens, en dépit de la guerre, en dépit du niveau des pertes, pensent déjà à l'avenir. Ces enfants ukrainiens se retrouvent souvent dans des familles russes où tout ce qu'il y a d'ukrainien est 'effacé' : ils changent parfois de nom, de prénom, même de date de naissance ».
Des négociations qui s'enlisent, une guerre qui dure
Tatiana Kastouéva-Jean analyse l'état actuel des négociations : « Je pense que Donald Trump a une vraie volonté d'arrêter le combat, même si le sort de l'Ukraine ou du Donbass ne le préoccupe pas particulièrement. Aujourd'hui, il fait pression sur Volodymyr Zelensky avec des éléments de langage russes, en expliquant qu'il faut organiser des élections, que le président n'est plus légitime, ou qu'il faut céder le Donbass. Vladimir Poutine reste donc convaincu qu'il va réussir, soit par la voie militaire, soit par la voie diplomatique ». Pour elle, « ce que l'Europe peut et doit faire, c'est continuer de peser auprès de Donald Trump, essayer de lui expliquer les enjeux profonds et les conséquences de cette guerre pour l'Europe. La question est aussi de savoir s'il faut reprendre ou non les négociations directes avec Vladimir Poutine, en sachant tout le mépris et toute la haine que le Kremlin porte aujourd'hui à l'Europe ».
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Texte citation
La question est de savoir s'il faut reprendre ou non les négociations directes avec Vladimir Poutine, en sachant tout le mépris et toute la haine que le Kremlin porte aujourd'hui à l'Europe.
Directrice du Centre Russie/Eurasie de l'Ifri
La propagande, redoutable arme de guerre russe
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Tatiana Kastouéva-Jean précise au sujet des stratégies de désinformation et de manipulation russes : « Il existe aujourd'hui une agence, Viginum, qui décortique les méthodes russes comme la création de faux sites qui relaient de fausses informations. Ces informations mettent par exemple l'accent sur la corruption du gouvernement ukrainien et de Volodymyr Zelensky personnellement, pour affaiblir l'aide qui peut être apportée à l'Ukraine. Elles portent aussi sur l'affaire Epstein, qui concernerait les plus hautes sphères de l'État français, à commencer par Emmanuel Macron ».
> Écouter le podcast sur le site de Radio France.
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