Iran, Syrie, Irak : les convulsions du Moyen-Orient
Tandis que le régime iranien s’enfonce dans une répression meurtrière, au bilan vertigineux d'au moins 30 000 victimes, les Kurdes de Syrie peinent à trouver un accord avec Damas et son nouveau président, Ahmed al-Charaa. Le Moyen-Orient vit-il un moment de bascule ?
Dimanche 1ᵉʳ février, alors que Donald Trump continue de menacer verbalement et militairement le régime de Téhéran, les chancelleries s’interrogent sur ses intentions, et à l’échelle du Moyen-Orient tout entier, meurtri par tant de violences, les lignes de faille s’accentuent, les rapports de force se recomposent.
Les deux grandes puissances sunnites, la Turquie et l’Arabie saoudite, prêchent la stabilité en pressant Washington de résister à Israël et à la tentation d’accélérer le chaos régional. Les Émirats, qui ont aussi l’oreille du président américain, mènent leur propre partie, n’hésitant plus, à la différence de Ryad, à se rapprocher de Jérusalem. Les États-Unis, et jusqu’à un certain point la France et le Royaume-Uni, jouent en Syrie la carte al-Charaa – cet ancien djihadiste devenu président, qui récupère ainsi les champs pétroliers du Nord-Est du pays aux dépens des Kurdes.
Les Kurdes une fois de plus trahis par l’histoire, eux qui pendant quinze ans avaient rêvé d’un État entre le Tigre et l’Euphrate, en payant de leur sang leur contribution à la coalition occidentale et l’élimination de Daech – eux qui maintenaient en détention des milliers de combattants islamistes évacués ces jours-ci dans le désordre vers les prisons irakiennes, avec plusieurs évasions à la clé et le risque d’une recrudescence de la menace terroriste en Europe.
L’Irak comme la Syrie restent menacés par la fragmentation confessionnelle, le gouvernement de Bagdad défié par des milices chiites toujours liées à l’Iran et bénéficiant de leurs propres circuits économiques.
Une recomposition des rapports de force
Paradoxalement, parmi tant de convulsions, c’est par l’investissement, les enjeux gigantesques de la reconstruction qu’en Syrie comme à Gaza les principaux protagonistes affichent leurs ambitions. C’est bien l’objectif de cet étrange Conseil de la Paix à la main de Donald Trump, censé collecter 30 milliards de dollars pour faire surgir une nouvelle Riviera.
Où sont passés la communauté internationale, l’ONU, les outils traditionnels de la diplomatie multilatérale – on hésite même à ressusciter un tel vocabulaire, tant il parait suranné ? Que fait Moscou, allié de Téhéran, toujours proche de Damas ? Quel est l’agenda du président turc, qui se pose en médiateur ? Et en France ? Si Paris a salué l’accord intervenu entre le président syrien et le chef des forces kurdes, on peut se demander si les Européens ont encore de l’influence ?
La Chine achète à l’Iran une part de son pétrole. Quel est son jeu ? Donald Trump veut contraindre Téhéran à abandonner ses ambitions nucléaires sans se préoccuper des souffrances infinies de la population. À défaut d’un changement de régime, le régime peut-il transiger ? Les États-Unis sont-ils, en définitive, les seuls à garder la main sur ce Moyen-Orient qu’ils ont tant contribué à déstabiliser ?
Les invités
Dorothée Schmid a écrit le chapitre intitulé “Moyen-Orient : une région en transition forcée” dans l’ouvrage Géopolitique et géoéconomie du monde contemporain, dirigé par Guibourg Delamotte et Cédric Tellenne, paru aux éditions La Découverte en 2025.
Myriam Benraad vient de faire paraître le 22 janvier 2026 une nouvelle édition revue et augmentée de son livre Jihad, la métamorphose d’une menace, aux éditions du Cavalier bleu.
Karim Emile Bitar a participé à un long entretien intitulé “Sortir de la « fatalité » libanaise”, paru dans la revue Confluences Méditerranée en janvier 2025.
Michel Duclos est l’auteur du livre Diplomatie Française, paru en 2024 dans la collection Alpha-Essai chez Humensis, ainsi que de La longue nuit syrienne, réédité dans la même collection en 2022.
> Écouter cet épisode sur le site de Radio France.
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